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Joseph Roth, Job, roman d'un homme simple
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Joseph Roth, Job, roman d'un homme simple

Joseph Roth, Job, Roman d'un homme simple, traduit de l'allemand et présenté par Stéphane Pesnel, Editions du Seuil, 2012

Job, Roman d'un homme simple est une nouvelle traduction de Hiob Roman eines einfachen Mannes de Joseph Roth précédemment paru en 1965 aux éditions Calmann-Lévy (puis repris au Livre de Poche) sous le titre Le Poids de la grâce dans la traduction de Paule Hiffer-Bury

Joseph Roth, né à Brody en Galicie en 1894, mène parallèlement une carrière de journaliste à Vienne, Berlin, Francfort, Paris et une carrière de romancier. Opposant de la première heure au national-socialisme, il quitte l'Allemagne dès janvier 1933 pour s'exiler à Paris, où il meurt en 1939

"Joseph Roth, ici porte-parole d'une veine littéraire d'ascendance ostjüdish, restaure une plénitude de vie et d'expérience sur le point de disparaître (Claudio Magis)

Une petite ville aux confins de l'empire des tsars. Mendel Singer, un humble maître d'école juif, enseigne les Écritures à de jeunes garçons. A travers l'histoire emblématique de la famille Singer, Joseph Roth brosse un tableau poétique et lucide des communautés juives d'Europe centrale et orientale à la veille de la Première Guerre mondiale. L'émigration des Singer en Amérique transforme peu à peu le maître d'école, et les épreuves qui s'abattent sur lui le hissent à la grandeur tragique d'un Job des Temps modernes. dans ce roman précédemment paru sous le titre Le Poids de la grâce, Joseph Roth nous propose une réflexion touchante sur l'exil et ses leurres, sur le dialogue entre l'homme et Dieu, sur la justification religieuse de la souffrance, sur le vieillissement du couple et la paternité. Un grand livre débordant d'humanité, porté par la limpidité et la sobriété du style de l'auteur."

Extrait de la préface :

Job, Roman d'un homme simple ne se réduit pas (...) à être le tableau d'un univers méconnu et à ce titre profondément exotique, c'est aussi et avant tout un récit qui retrace le destin tout à la fois singulier et exemplaire d'un homme et d'une famille. Un livre qui fait droit à la singularité des êtres parce que Roth, dont on connaît le talent d'observateur et la sympathie innée pour les existences modestes dont il sait mettre à jour, comme nul autre, la richesse insoupçonnée, se révèle encore une fois un maître pour ce qui est de la caractérisation et de l'individualisation de ses personnages. Le roman le conduit à montrer de quelle manière un homme que rien ne distinguait a priori des stéréotypes sociaux du shtetl, un modeste melamed de Volhynie, province de l'empire des tsars, limitrophe de la Galicie austro-hongroise, va se hisser, à la suite des épreuves qui s'abattent sur lui, à la grandeur tragique d'un Job des temps modernes. Et c'est en même temps un récit qui a valeur d'exemplarité : l'histoire de la famille Singer, qui abandonne l'univers misérable de sa bourgade volhynienne pour émigrer à New York, est celle de l'émigration juive du début du XXème siècle. Tout ce que Roth nous dit de la misère humaine, des filières de l'émigration, des passeurs et des compagnies transatlantiques est corroboré par un très bel ouvrage de Martin Pollack tout récemment paru aux éditions Zsolnay (Vienne) sous le titre L'Empereur d'Amérique, le grand exode galicien. A l'instar de Kafka qui écrivit son roman Amerika/Le Disparu sans jamais avoir mis les pieds aux Etats-Unis, Roth (qui ne traversa pas davantage l'Atlantique) décrit avec une justesse stupéfiante le déracinement de ses personnages et imagine leur difficile acclimatation dans leur nouveau pays. La tension entre singularité et exemplarité se double dans le roman d'une autre tension, celle entre l'histoire du présent et un récit venu du fond des âges : tandis qu'aux marges de la destinée emblématique et singulière de la famille Singer résonnent les coups de tonnerre de l'Histoire (le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la Révolution russe, l'entrée en guerre des Etats-Unis), le texte est parcouru par la référence sous-jacente au personnage biblique de Job, dont on sait à quel point il a pu nourrir l'imaginaire des écrivains et des peintres, et à quel point aussi il a pu être interprété comme un personnage emblématique de la destinée du peuple juif. Ainsi que le suggère le titre même du roman, Roth entend proposer ici une variation littéraire moderne sur l'histoire de Job : le destin tragique des enfants et de la femme de Mendel Singer confronte un homme profondément religieux à l'expérience de la souffrance et l'amène à une interrogation douloureuse sur la justification théologique des épreuves qui s'abattent sur l'homme. Roth nous montre Mendel comme un homme tâtonnant dans l'obscurité, à la recherche de la faute qui est à l'origine de tous ses maux, un homme poussé à réexaminer la validité de toutes ses certitudes. Cette faute réside-t-elle (seulement) dans l'abandon - contraint par l'émigration en Amérique - du plus jeune fils de Mendel Singer, Menuchim, un enfant épileptique dont viendra finalement le salut ?"

(Stéphane Pesnel)

Extrait :

"Vois-tu comme la campagne est belle ? demanda Samechkin. Bientôt ce sera la moisson. C'est une bonne année. Si elle est aussi bonne que je me l'imagine, j'achèterai encore un cheval à l'automne. As-tu des nouvelles de ton fils Jonas ? Lui, il comprend quelque chose aux chevaux. Il est complètement différent de toi. Est-ce que par hasard ta femme ne t'aurait pas trompé un jour ? - Tout est possible", répondit Mendel. D'un seul coup tout lui semblait très facile, il pouvait tout comprendre, la nuit le libérait de tous les préjugés. Il se blottit même contre Sameschkin, tout comme il se serait blotti contre un frère. 

"Tout est possible, répondit-il, les femmes ne valent rien."

Tout-à-coup Mendel commença à sanglotter. Mendel pleurait, au beau milieu de la nuit mystérieuse, à côté de Sameschkin.

Le paysan pressait ses poings contre ses yeux, car il sentait, qu'à son tour, il allait se mettre à pleurer.

Puis il mit un bras autour des épaules maigres de Mendel et dit doucement :

"Dors, bon juif, dors et repose-toi !'

Il resta longtemps éveillé. Mendel Singer dormait et ronflait. Les grenouilles coassèrent jusqu'au matin." (p.105-106)

 

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