Carl Gustav Jung, La psychologie du Transfert (Die psychologie der Übertragung), illustrée à l'aide d'une série d'images alchimiques, traduit de l'allemand par Etienne Perrot, Editions Albin Michel, 1980.
Sommaire :
Avant-propos par Antoine Faivre et Frédérick Tristan - Prologue - Introduction - La fontaine mercurielle - Le roi et la reine - La vérité nue - L'immersion dans le bain - la conjonction - La mort - l'ascension de l'âme - la purification - le retour de l'âme - la nouvelle naissance - Conclusion
Carl Gustav Jung est un médecin psychiatre suisse né le 26 juillet 1875 à Kesswil (canton de Thurgovie) et mort le 6 juin 1961 à Küsnacht (canton de Zurich), en Suisse alémanique. Fondateur de la psychologie analytique et penseur influent, il est l'auteur de nombreux ouvrages. Son œuvre est liée à la psychanalyse de Sigmund Freud, dont il a été l’un des premiers défenseurs et dont il se sépara par la suite en raison de divergences théoriques et personnelles. Dans ses ouvrages, il mêle réflexions métapsychologiques et pratiques à propos de la cure analytique. Jung a consacré sa vie à la pratique clinique ainsi qu'à l'élaboration de théories psychologiques, mais a aussi exploré d'autres domaines des humanités : depuis l'étude comparative des religions, la philosophie et la sociologie jusqu'à la critique de l'art et de la littérature. Carl Gustav Jung a été un pionnier de la psychologie des profondeurs : il a souligné le lien existant entre la structure de la psyché (c'est-à-dire l'« âme », dans le vocabulaire jungien) et ses productions et manifestations culturelles. Il a introduit dans sa méthode des notions de sciences humaines puisées dans des champs de connaissance aussi divers que l'anthropologie, l'alchimie, l'étude des rêves, la mythologie et la religion, ce qui lui a permis d'appréhender la « réalité de l'âme ». Si Jung n'a pas été le premier à étudier les rêves, ses contributions dans ce domaine ont été déterminantes. On lui doit également, entre autres, les concepts d'« inconscient collectif », d'« archétypes », d'« individuation », de « types psychologiques », de « complexe », d'« imagination active », de « déterminisme psychique » et de « synchronicité ». (source : wikipedia)
Quatrième de couverture :
"Jung raconte : "Lors de notre premier entretien, Freud me demanda tout à trac : - Et que pensez-vous du transfert ?... Je lui répondis qu'à mon avis c'était l'alpha et l'oméga de la méthode. - Alors, me dit-il, vous avez compris l'essentiel."
Le dialogue entre praticien et patient (ou patiente) est une réalité brûlante. Sur ce point comme sur tant d'autres, Jung avait conscience d'avoir mené à son terme la recherche de son prédécesseur. Cela ne put se faire que par la reconnaissance de la dimension transpersonnelle de l'échange thérapeutique. Pour la mettre en évidence Jung recourt au symbolisme alchimique. A travers la rencontre de deux individus, il montre la mise en présence, à des niveaux divers, de deux archétypes, "le roi et la reine", l'homme et la femme en tant que principes. S'appuyant sur les figures d'un traité publié en 1550, Le Rosaire des philosophes (Rosarium philosophorum), il décrit les phases dramatiques conduisant aux "noces royales". La mort et la résurrection des deux partenaires donnent naissance au "fils des sages" ou androgyne, où s'unifient le masculin et le féminin.
Les chatoiements des symboles hermétiques laissent transparaître à chaque ligne l'expérience d'un praticien hardi et doté d'un sens aigu de sa responsabilité éthique, au service de l'âme, "sa seule maîtresse". Le transfert, périlleuse et irremplaçable voie d'amour, est le coeur de la psychologie des profondeurs. La pudeur habituelle de Jung ne l'a pas empêché de lever ici un coin du voile. Cet ouvrage servira de guide à quiconque est appelé à plonger, par le dialogue, dans "le feu secret des sages", nom de l'amour transformant, créateur de l'hermaphrodite, l'un des mille noms de la totalité psychique, du Soi jungien.
Avant-propos :
"Le lecteur peu familiarisé avec les textes alchimiques, ou avec les commentaires dont ils ont fait l'objet depuis quelques décennies, s'étonnera peut-être que le présent ouvrage, au titre si étroitement technique en apparence, fasse une telle place à la "science d'Hermès". C'est que l'auteur a découvert une concordance remarquable entre cet imaginaire et les images de son propre inconscient comme de celui de ses patients. De plus, explique-t-il dans ses Mémoires, il a compris "que l'alchimie nous relie historiquement au gnosticisme, et que par elle s'établit la continuité de passé et présent. Comme philosophie médiévale de la nature, elle a crée un pont qui nous relie aussi bien au passé - c'est-à-dire au gnosticisme - qu'à l'avenir - à la psychologie moderne de l'inconscient".
Jung ne se serait peut-être pas - il en convient lui-même - intéressé autant à l'alchimie s'il n'avait fait, en 1928, la découverte du Mystère de la Fleur d'Or. "C'est ce texte, écrit-il, qui m'a permis de mieux comprendre la nature même de l'alchimie. Car c'est alors que s'éveilla en moi le désir de connaître les alchimistes." Au cours des années suivantes il continua l'étude de cette "science traditionnelle", et lorsqu'il eut estimé l'avoir suffisamment comprise et pénétrée de l'intérieur, il consacra la plus grande partie de ses travaux à montrer l'intérêt qu'elle présente pour la psychologie analytique. A partir de ce moment toute son oeuvre en est imprégnée et sa plus proche collaboratrice (Marie-Louise von Franz) a pu écrire à bon droit : "C'est seulement quand il découvrit les anciens alchimistes qu'il finit par trouver une forme lui permettant de modeler et de communiquer ses expériences dans la ligne d'une tradition historique de l'Occident." Alors parurent Paracelsia (1942), puis Psychologie et Alchimie (1944). La Psychologie du Transfert vit le jour en 1946. Il est donc naturel qu'après avoir donné une traduction française du Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or, nous avons choisi d'éditer le présent livre, lui-même indispensable introduction au volumineux Mysterium Conjunctionis (1955-1956) qui fera l'objet de la prochaine publication de cette série.
La présente traduction a été réalisée à partir du texte des Oeuvres complètes en allemand (Die Psychologie der Übertragung). (Antoine Faivre et Frédérick Tristan)
Extrait de la conclusion :
"Nous vivons dans une époque de confusion et de désintégration. Tout est devenu problématique. Comme toujours dans les cas de ce genre, des contenus inconscients se pressent aux frontières de la conscience, dans le but de compenser la situation périlleuse où se trouve celle-ci. C'est pourquoi tous les phénomènes qui se produisent dans la zone frontière méritent d'être examinés soigneusement, si obscurs qu'ils puissent paraître, pour y découvrir les germes d'éventuels arrangements nouveaux. Le phénomène du transfert est sans aucun doute l'un des syndromes les plus importants et les plus riches du processus d'individuation et signifie plus qu'une simple attraction ou répulsion personnelle. Grâce à ses contenus et à ses symboles collectifs, il déborde largement la personnalité individuelle pour passer dans la sphère sociale d'aujourd'hui. Les symboles du cercle et de la quaternité, si caractéristiques du processus d'individuation, s'ils renvoient d'une part au passé et à une organisation primitive originelle de la société humaine, indiquent d'autre part la voie d'avenir qui mène à un arrangement interne de la psyché. C'est comme si la psyché était l'instrument indispensable à la réorganisation de la communauté civilisée, par opposition aux organisations collectives tellement en faveur aujourd'hui, où s'agrègent des êtres inachevés, des sous-hommes. les organisations de ce genre, en effet, n'ont de sens que si le matériau qu'elles veulent ordonner vaut quelque chose. Mais l'homme de masse ne vaut rien, ce n'est qu'une simple particule qui a perdu son âme en perdant le sens de son existence comme être humain. Ce qui manque à notre monde, c'est la connexion psychique, et aucune association professionnelle, aucune union économique, aucun parti politique, aucun Etat ne la remplaceront jamais. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que ce ne soient pas les sociologues, mais les médecins qui soient les premiers à sentir et qui perçoivent avec le plus de force les vrais besoins des hommes, car c'est bien eux qui, en tant que psychothérapeutes, sont le plus directement en contact avec les détresses de l'âme humaine. Si donc mes conclusions générales concordent parfois jusque dans l'expression avec des pensées de Pestalozzi, il ne faut pas en chercher la raison dans la connaissance approfondie que je posséderais des écrits de ce grand éducateur, mais dans la nature des choses, c'est-à-dire dans la vision de la nature de l'homme." (Carl Gustav Jung, La psychologie du Transfert, p.200-201)
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)


