Le livre :
Deux des plus grands physiciens de notre temps ont écrit ensemble, en 1936 à Princeton, cet ouvrage désormais classique sur L'Évolution des idées en physique. Partant des premiers concepts, de Galilée à Newton, les auteurs décrivent l'évolution des idées dans le domaine de la physique, jusqu'aux théories de la relativité et des quanta. C'est donc un véritable tableau des fondements de la physique moderne qui nous est offert ici, dans un style simple et accessible à un large public, même non spécialisé.
Extrait de L'Evolution des idées en physique d'Albert Einstein et Leopold Infeld :
"Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas, comme on pourrait le croire, uniquement déterminés par le monde extérieur. Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. S’il est ingénieux il pourra se former quelque image du mécanisme, qu’il rendra responsable de tout ce qu’il observe, mais il ne sera jamais sûr que son image soit la seule capable d’expliquer ses observations. Il ne sera jamais en état de comparer son image avec le mécanisme réel, et il ne peut même pas se représenter la possibilité ou la signification d’une telle comparaison. Mais le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la vérité objective."
Commentaire de l'extrait de L'Evolution des idées en physique d'Albert Einstein et Leopold Infeld :
"L'objectivité peut être conçue comme un "limite idéale de connaissance" expliquent Albert Einstein et Leopold Infeld dans L'Evolution des idées en physique.
Le mot important ici est "idéale". L'objectivité ne doit pas être conçue comme une limite actuelle de la connaissance, mais comme une limite idéale, c'est-à-dire vers laquelle on tend et donc jamais atteinte.
Albert Einstein et Leopold Infeld nous montrent que ce que nous appelons "vérité objective" est le fruit d'une activité d'autant plus ingénieuse qu'elle est conditionnée par une sorte de "cécité métaphysique fondamentale à l'égard du monde" : autrement dit la notion de "vérité objective" semble aller de soi. la science consiste à décrire le plus exactement possible les objets que le savant a devant lui. (objet, "objectum" veut dire "placé devant").
En réalité, il n'existe rien de tel qu'une "vérité objective". Le réel ou ce que nous appelons le réel est le "fruit d'une activité de l'esprit". Le réel n'est pas donné, il est construit pas l'esprit.
Le mot "métaphysique" vient du grec "méta ta phusika", après la physique. Cherchant à classer les ouvrages d'Aristote, le bibliothécaire de la bibliothèque d'Alexandrie plaça ses ouvrages portant sur la métaphysique (Dieu, le premier moteur) après les ouvrages portant sur la physique.
La métaphysique traite de questions plus fondamentales que la physique. La physique étudie la "matière" sans forcément se demander ce qu'est la matière. La question fondamentale de la métaphysique est "Ti esti" : qu'est-ce que la matière, qu'est-ce que l'être ?
Albert Einstein et Leopold Infeld estiment que "l'esprit est conditionné par une sorte de cécité métaphysique à l'égard du monde". L'esprit perçoit des objets et les manipule, mais se demande rarement quelle est le degré de réalité de ce qu'il perçoit et manipule et qu'il appelle la "réalité objective".
Martin Heidegger disait de manière un peu provocante que "la science ne pense pas", autrement dit que les scientifiques ne réfléchissent pas au sens des concepts fondamentaux dont ils se servent comme le concept de "matière", de substance, de réalité, d'objectivité...
Ce n'est pas le cas d'Albert Einstein, ni de Leopold Infeld, ni de Bernard d'Espagnat, puisqu'ils remettent en question les notions de "vérité objective" et qu'ils critiquent la perception "naïve" et ce qu'il en reste dans la science.
Albert Einstein et Leopold Infeld comparent l'ignorance des question ultimes, des questions métaphysiques à une forme de cécité, d'aveuglement. Ceux qui parlent de "réalité objective" sont comme des aveugles. Ils ne voient que ce qu'il ont devant les yeux, mais ils ne voient pas au-delà.
"Dans l'effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l'homme qui essaie de comprendre le mécanisme d'une montre fermée" : Essayer de comprendre le mécanisme d'une montre fermée, c'est chercher à comprendre uniquement ce que l'on voit, ce que l'on perçoit a priori.
Or voir, percevoir, ce n'est pas comprendre. Celui qui tente de comprendre le mécanisme d'une montre fermée ne comprendra jamais le mécanisme de la montre puisqu'il n'y aura pas accès.
"Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier", il n'ouvre pas le mécanisme invisible qui explique le mouvement des aiguilles et le tic-tac de la montre.
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