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Orthodoxie, G. K. Chesterton - EDITIONS CARMIN

G.K. Chesterton, Orthodoxie (titre original : Orthodoxy), traduction de l'anglais notice et notes par Lucien d'Azay, 1908, Flammarion, 2010

Sommaire :

A propos d'Orthodoxie (1908) - Préface - 1. Introduction pour défendre tout le reste - 2. Le malade mental - 3. Le suicide de la pensée - La morale au pays des elfes - 5. Le drapeau du monde - 6. Les paradoxes du christianlsme - 7. l'éternelle révolution -  8. Le roman de l'orthodoxie -  9. L'autorité et l'aventurier

L'oeuvre : 

"Orthodoxie a été écrit en réponse aux critiques essuyées par son essai précédent, Hérétiques (1905) : on accusait en effet l’auteur d'y faire la critique des philosophies actuelles sans proposer aucune philosophie alternative. Chesterton tente de relever le défi avec ce nouvel essai, et pour ce faire il doit inévitablement inclure des éléments autobiographiques.

L'auteur : 

Gilbert Keith Chesterton naît à Londres le 29 mai 1874. Contemporain de George Bernard Shaw et d'Oscar Wilde, il est l'auteur de plus d'une centaine d'ouvrages : récits policiers (les célèbres enquêtes du Père Brown), poésie, philosophie, biographie ou apologétique chrétienne. Il meurt le 14 juin 1936 dans sa maison de Beaconsfield, dans le Buckinghamshire. Jorge Luis Borges, saluant "la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son oeuvre", reconnaissait en lui l'un des géants des lettres anglaises."

Introduction :

"Écrit lorsque Chesterton est anglican (il se convertit au catholicisme quatorze ans plus tard), l'auteur explique dans la préface que le but de l’essai est « non pas de savoir si l'on peut croire en la foi chrétienne, mais de tenter d’expliquer comment lui-même en est venu personnellement à y croire ». Il y présente une vision originale de la religion chrétienne : il la voit comme la réponse aux besoins humains naturels, la « réponse à une énigme » et pas simplement comme une vérité arbitraire reçue de quelque part hors des limites de l'expérience humaine."

"Histoire d'un âme, "autobiographie débraillée", cet essai inclassable n'a d'autre prédecesseur que son livre-frère, Hérétiques, paru trois ans plus tôt.

Découvert par Paul Claudel, qui en traduisit l'un des chapitres, célébré par Charles Péguy, Orthodoxy est un livre touffu, foisonnant d'images et d'idées, dans lequel Chesterton expose la vigueur de sa foi à coups de paradoxes et de fantaisies. Car le christianisme excentrique de Chesterton est une quête qui condit à l'émerveillement de l'enfance, c'est-à-dire au royaume des fées. Dénonçant l'injustice capitaliste, les thèses matérialistes et déterministes (à commencer par la théorie de l'évolution), Chesterton leur oppose une faculté irréductible de l'homme, qu'aucune machine ne pourra jamais remplacer : son rire et sa joie."

G.K. Chesterton's 'A Piece of Chalk'

A propos d'Orthodoxie (1908) par Lucien d'Azay :

A la parution d'Hérétiques (1905), recueils d'essais virulents où il s'en prenait aux hérésies de son époque, Chesterton fut aussitôt sommé par la critique de donner sa conception du monde. C'est ce qui le conduisit à rédiger Orthodoxie, qui parut trois ans plus tard, le 25 septembre 1908. Non pas un "traité de religion, comme il le dit à la fin du premier chapitre, mais une sorte d'autobiographie débraillée". Un livre touffu, foisonnant d'images et d'idées, où Chesterton cherche à transmettre ses convictions, sa foi chrétienne en l'occurrence, par la force de son style, comme le fit le Christ lui-même. Car "le Christ avait son propre style littéraire, nous dit-il, un style qu'on ne retrouve, me semble-t-il, nulle part ailleurs : il tient à l'emploi de l'a fortiori". Ses "combien plus" s'empilent les uns sur les autres comme des châteaux dans les nuages." D'où l'exaltation quasi prophétique qui émane de cet essai où le coeur participe autant que l'esprit, même si Chesterton, toujours féru de paradoxes (ce sont ses épées), précise que sa foi est rationnelle et non émotive. C'est un partisan qui parle, un partisan qui n'aura de cesse que vous ne soyez à votre tour persuadé du bien-fondé de la doctrine chrétienne. Abstraction fait de l'humour, on songe à Péguy, bien sûr, son homologue contemporain français, et l'on peut se demander si cette vision du monde eut autant d'influence sur l'héroïsme anglais du XXème siècle (dont Churchill fur le grand chef d'orchestre) que celle de Péguy en eut sur la pensée du général de Gaulle.

Chesterton recourt à maintes images pour définir son christianisme. C'est avant tout un voyage, une quête plutôt, dont les découvertes sont comparables à celle de l'Amérique, à ceci près que cette quête nous ramène à l'enfance, à l'émerveillement de l'enfance, c'est-à-dire au royaume des fées. La foi est un retour (et l'on pense aussitôt à ce grand roman d'initiation catholique qu'est Retour à Brideshead d'Evelyne Waugh où lady Marchmain lit d'ailleurs les enquêtes du Père Brown à ses enfants), un retour qui suscite la joie et qui se fait dans la joie. Une joie sans âge, humaine, et dès lors païenne, car "le christiansme, dit Chesterton, est le seul cadre qui ait conservé le plaisir du paganisme", le "seul cadre adapté à la liberté païenne". C'est sur elle que repose la force de cet homme inébranlable à la corpulence éléphantesque. Un éléphant nécessaire, incontournable et naïf (au sens étymologique du terme: nativus, "né sur cette terre"), tel que le héros des Racines du ciel en voulait préserver l'espèce.

Ainsi Chesterton nous rappelle-t-il que la joie et l'émerveillement sont les privilèges de l'homme, et que celui-ci sera d'autant plus homme qu'il donnera libre cours à ses émotions, comme le faisaient les héros de la période élisabéthaine, comme la faisait le Christ surtout, qui pleurait comme une femme. Le christianisme, c'est la joie et les larmes, la féminité par excellence : le pardon, la douceur, la charité, la pitié, la tolérance, la maternité et le respect des faibles (qui sont en réalité les forts). 

Remarquons au passage que Chesterton a dédié Orthodoxie à sa mère et Hérétiques à son père. Toutes ces valeurs, il les défend contre ce qui ruine le monde et rend les hommes malheureux : l'injustice capitaliste (il était partisan du distributisme), les thèses matérialistes et déterministes (à commencer par l'évolutionnisme) qui s'acharnent à démystifier l'univers, à lui ôter la poésie sans quoi il n'y aura plus d'émerveillement ; et même le bouddhisme, auquel Chesterton reproche sa résignation passive et son fatalisme social. Bref, tout ce qui prive l'homme d'une faculté irréductible, qu'aucune machine jamais ne remplacera : son rire."

Préface de Chesterton à l'édition américaine de 1908 :

"Ce livre a été conçu comme le pendant d'Hérétiques, afin qu'un point de vue positif réponde au point de vue négatif. De nombtreux critiques ont reproché à mon livre intitulé Hérétiques de se borner à critiquer les courants philosophiques contemporains sans suggérer pour autant une autre théorie philosophique. Ce livre se propose de relever ce défi. Il est nécessairement autobiographique. L'auteur dut reculer devant une difficulté à tout prendre comparable à celle qui assaillait Newman quand il écrivait son Apologia : il s'est vu contraint d'être égoïste afin seulement d'être sincère. Si, pour le reste, ces ouvrages ne se ressemblent pas, dans les deux cas l'intention est la même. Le but de l'auteur est d'essayer d'expliquer non pas les raisons de croire ou non à la religion chrétienne, mais comment il a été personnellement amené à y croire. ce livre s'articule ainsi autour du principe formel d'une énigme et de sa solution. Il traite d'abord de toutes les spéculations solitaires et sincères de l'auteur, puis de la prodigieuse manière dont elles ont toutes été soudain satisfaites par la théologie chrétienne. Pour l'auteur, cet accomplissement est le propre d'un credo convaincant. S'il n'en est rien, c'est du moins une fréquente et surprenant coïncidence."

 

 

 

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