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"Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porc-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur.

Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres.

Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils étaient ballotés de ça de là entre deux souffrances, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles manières."

(Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena (1851), § 396)

"Je suis là !"

Ruse du hérisson qui prétend battre le lièvre à la course, mais installe secrètement au but sa hérissonne, indiscernable de lui pour le lièvre. Lui-même fait seulement semblant de courir et reste au point de départ. Qu'il aille dans un sens ou dans l'autre, le lièvre trouve toujours au bout du champ un hérisson qui crie : "Je suis là !"

(Martin Heidegger, La constitution onto-théologique de la métaphysique, traduction A. Préau, Questions I, Paris, Gallimard, 1968, p. 297)

"Derrida rapporte une référence faite par Heidegger à un conte de Grimm, Le "Lièvre et le Hérisson". Ce dernier, pour être sûr de gagner la course avec le lièvre envoie sa femelle à l'arrivée, pour qu'elle crie "Je suis là". C'est pour illustrer le "toujours là" du Dasein que Heidegger, dans "Identité et Différence" (in Question I, Paris, Gallimard, 1968, p. 297), mettait en scène ce "Je suis là". Derrida écrit qu'à l'inverse, son hérisson "ne peut dire ni je, ni suis, ni là ou ici" (Jacques Derrida, Points de suspension, Paris, Galilée, 1992, p. 293), ce qui ne signifie pas, ajoute-t-il, qu'il soit privé de parole, mais qu'il n'y a pas, à la fin de cogito ni d'oeuvre pour ce hérisson qui ne saurait se rassembler ou se ressembler assez pour dire Ich bin hier ou ergo sum (...)" Se met alors à insister, de manière irrépressible, la proposition selon laquelle "l'être pour la mort", comme "l'être-jeté", est le lot non point seulement des hommes, mais de tous les vivants : parole de considérable rupture, puisqu'elle instaure une communauté des vivants mortels. Et ce à l'encontre de Heidegger, pour qui "l'être pour la mort" n'est aucunement l'être d'un simplement vivant, lequel ne peut que finir : seul le Dasein détenant, avec la parole, le monopole de se rapporter à la mort en tant que telle - et donc mourir."  (Elisabeth de Fontenay, Sans offenser le genre humain, Réflexion sur la cause animale, "Leur élu secret", p. 24, biblio essais, coll. Le Livre de Poche et aux éditions Albin Michel)

 

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