Je ne suis pas au bout de mes surprises, en aide aux devoirs.
Hier, c'était la calculatrice...
A vrai dire, je ne suis jamais vraiment intéressé à ce truc, faute de temps et de raisons - je ne veux pas parler de la calculette vert pomme qui marche à l'énergie solaire qui me servait pour mes moyennes (de Français) et dont les élèves me demandaient parfois, avec un sourire amusé, "s'ils pouvaient y goûter".
Non, je veux parler de la célèbre "CASIO" avec les sinus, les cosinus, le PI intégré, la calculatrice "transcendante" à côté de laquelle ma calculette vert pomme n'est qu'un joujou dérisoire, une amusette de grand-papa.
Ça avait pourtant bien commencé avec des exercices de troisième sur les aires et les volumes et ça tombait bien parce que je pouvais servir à quelque chose et aider S… qui séchait sur ses exercices, étant donné que j’avais revu tout ça le samedi précédent pendant deux heures : je prends des cours de maths pour me « remettre à niveau » ; je suis devenu incollable sur les triangles, les trapèzes, les parallélogrammes, le cercles et les disques, les losanges, les parallélépipèdes rectangle, les pentagones, les cylindres, les pyramides (d'Egypte), le cône (qui est généré, comme on sait, par la rotation d'un triangle rectangle autour de son axe), les sphères, les boules et le nombre PI d’où viendraient mes malheurs avec la CASIO (un peu de patience !) dont je sais, depuis une visite lointaine au Palais de la découverte qu’il pourrait faire indéfiniment le tour de l’univers après la virgule.
Le problème était simple, niveau 3ème, encore à ma portée et avait un délicieux petit goût de madeleine avec tous les souvenirs enfouis de la communale qui resurgissaient : P = PI x R x R ; V = PI x R x R x h.
S. sortit sa calculatrice CASIO et se mit à taper la formule sur les touches, certaine d'obtenir immédiatement la solution que nous mettions dix bonnes minutes , "de mon temps", à calculer « à la main ».
Mais rien à faire, S. avait beau taper et retaper la formule, la machine bloquait sur PI et sortait une fraction étrangère au domaine des masses volumiques dont j’avais appris qu’il s’exprime par un nombre décimal.
S… me murmura des explications embarrassées : une professeur (e) lui aurait emprunté sa CASIO et l’aurait « reparamétrée ». Mais nous étions sauvés ! Il y avait d’autres élèves dans la salle et M… avait lui aussi une CASIO (mais qui n’a pas « sa » CASIO, à part des gens comme moi ?), une CASIO qui n’avait pas été « reparamétrée » par une agaçante prof de maths (de quoi je me mêle ?) et la passa obligeamment à S. qui le remercia avec un sourire reconnaissant et discrètement enjôleur.
Et S. de retaper la formule sur la CASIO de son camarade : V = PI x R x R X h. Et… toujours la fraction incompréhensible, exaspérante et inutile. (Je sais maintenant qu'il s'agit de la formule du "radian" qui n'est pas du tout au programme de 3ème).
C’était donc à moi de prendre la chose en mains, peut-être S. s’était-elle trompée en tapant la « valeur approchée » de PI (3,14) ? rien à faire, la fraction revenait avec une insistance démoniaque.
J’abandonnai la partie et la machine à S. qui s’escrima à « reparamétrer » la CASIO (celle de son camarade cette fois-ci) et qui trouva effectivement un « truc » qu’elle me montra, en appuyant sur la touche des cosinus ou peut être celle d’à côté et une autre, on obtient « quelque chose », mais je ne compris pas très bien quoi et elle m’avoua qu' « elle non plus ».
C’est alors que je me suis tourné vers le tableau (blanc, mais pas interactif) et que j’ai saisi un marqueur, sous le regard étonné de S. , tout me revenant, comme disait Charles Trenet à la mémoire, mettre des zéros là où il n’y en a pas derrière la virgule, aligner les chiffres, décaler les unités des dizaines, des centaines et des milliers...
Quand j'en eus terminé, je me souvins de ma calculette oubliée au fond de ma poche : V = 3,14 x R x R x h. Et miracle ! La vaillante petite machine accepta sans problème le « 3,14 » et le reste de la formule et me donna le résultat : il était identique à celui que j’avais trouvé.
PS 1 : S. m'a avoué depuis qu'on ne lui avait pas appris à se servir de sa calculatrice et qu'elle s'était débrouillée avec la notice. Mais ça, je ne peux pas y croire, parce que de deux choses l'une, ou bien on balance les calculatrices à la poubelle et on refait les calculs à la main ou bien on apprend à s'en servir.
Mais ma calculette vert pomme me murmure que "l'un n'empêche pas l'autre".
PS 2 : Je me suis aussi aperçu qu'elle calait sur les multiplications "à la main" avec des décimales. Et ça, je suis bien obligé d'y croire puisque je l'ai vu.
PS 3 : confisquée !
PS4 : J'ai fini par avoir le tuyau ; pour afficher PI, il faut appuyer sur "seconde", puis sur X 10 puissance x. Evident, n'est-ce pas ?
J'ai mis sur "Bonnet d'âne", le blog de Jean-Paul Brighelli, professeur agrégé de Lettres en CPGE à Marseille. Il a recueilli les commentaires suivants :
Et encore, si seulement ils savaient tous s'en servir comme il faut !
Écrit par : Julien | 12 février 2011
Les enfants apprenaient le calcul mental à l'école primaire en 1950.
Ceux qui réussissaient l'examen d'entrée en sixième et poursuivaient jusqu'au baccalauréat scientifique, apprenaient à se servir de tables des fonctions trigonométriques, et des tables de logarithmes décimaux, puis, enfin, des règles à calculer (basées sur les propriétés des logarithmes).
Cela était extrêmement formateur. En physique, la règle à calculer donnait des résultats approchés et sans la virgule du résultat décimal des opérations. Il fallait donc connaître l'ordre de grandeur du résultat pour placer correctement la virgule.
Pour les enfants nés avant 1955, l'arrivée de la calculatrice électronique fut une bonne surprise, car ils apprenaient vite à s'en servir - à l'âge adulte !
Ce fut mon cas à l'âge de trente-quatre ans, en 1974. La calculatrice que j'eus entre les mains ne m'appartenait pas : elle coûtait 1800 F. J'étais alors certifié stagiaire (1300 F/mois) et je faisais justement un stage dans une usine Leclanché (marque de batteries d'accumulateurs et de piles).
Un ingénieur me montra la merveilleuse petite machine. Il me la laissa un après-midi. J'appris à m'en servir seul avec la notice. C'était enfantin.
Mais dans les années qui suivirent, je vis mes élèves sortir fièrement leurs calculatrices, encore de prix élevé au début... et ne sachant pas s'en servir.
Je tentai de les dégourdir un peu, mais ils se trompaient tout le temps, sauf les meilleurs.
Puis j'abandonnai, leur conseillant de demander l'aide de leur professeur de mathématiques, qui ne fut pas enthousiasmé. "J'ai autre chose à faire !" disait-il. Et ses collègues le disaient aussi, soulignant que les élèves en avaient besoin bien davantage en physique qu'en mathématiques.
Est-ce toujours aussi lamentable ? Je parie que non : c'est bien pire !
Écrit par : Francis Penin, professeur honoraire, agrégé de physique | 12 février 2011
Robin,
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"radian" : ie une unité d'angle autre que le degré, la seul qui soit commode en maths (environ 1 rad = 60°) Plus précisément 2xpi = 6,2832..... rad = 360 °
Intérêt de la manœuvre : longueur d'un arc de cercle = rayon x angle qui l'intercepte (angle mesuré en radian)
Si l'arc est la circonférence entière alors l'angle qui intercepte est 2xpi et on retrouve la formule du périmètre du cercle.
Ce qui est arrivé à votre élève est une grande classique !
Une autre sur calculette graphique (bientôt la saison des graphes en 3ème peut-être ???) : facteur de zoom très inapproprié lors du tracé d'une courbe. De ce fait on ne voit qu'une infime portion de celle ci et on raconte plein de sornettes !
Bon courage pour la suite !
Écrit par : Zorglub | 12 février 2011
"S. m'a avoué depuis qu'on ne lui avait pas appris à s'en servir et qu'elle s'était débrouillée avec la notice. Mais ça, je ne peux pas y croire, parce que de deux choses l'une, ou bien on balance les calculatrices à la poubelle et on refait les calculs à la main ou bien on apprend à se servir de la calculatrice."
Ou bien on lit attentivement la notice, pas toujours écrite par des abrutis et pas toujours traduite automatiquement par Glouglou du tibétain classique en français.
Bien sûr, il faut savoir lire ET avoir envie.
Je ne pense pas raisonnable de rentrer dans les fonctionnements, au niveau de la séquence de touches, de la quincaillerie électronique.
Il y a mieux à faire. La vraie vie est courte et, comme chacun sait (?), elle est ailleurs ...
Écrit par : dugong | 12 février 2011