Je reproduis ici une Lettre ouverte adressée au nouvel ambassadeur de France en Tunisie, M. Boris Boillon.
On se souvient que le précédent; M. Pierre Ménat, informait le Quai d'Orsay, la veille de sa fuite, que l'ex-dictateur Bel Ali "avait la situation bien en main".
Cafouillage qui s'ajoutait à la conduite indécente de la Ministre des Affaires étrangères Madame Michèle Alliot-Marie, survolant la Tunisie à bord de l'avion privé d'un proche de Zin Ben Ali, téléphonant à Ben Ali pendant les événements et offrant ses services à la dictature pour "rétablir l'ordre", sans parler des conflits entre son rôle de ministre et ses intérêts et ceux de ses proches en Tunisie.
Simple citoyen français né il y a 61 ans en Tunisie, que puis-je faire d'autre que d'exprimer ma honte face au comportement complaisant (le mot est faible) de certains membres du gouvernement de mon pays vis-à-vis de la dictature, mais aussi mon soutien, mon amitié et mon respect au Peuple tunisien.
Un Français digne de ce nom, héritier des Révolutions de 1789 et de 1848, ne peut que saluer tout ce qui, partout dans le monde et particulièrement en Tunisie, va dans le sens des Droits de l'Homme, de la Justice, de la Liberté et de la Démocratie.
Dans toute cette affaire, et depuis le début, la diplomatie française a été constamment en retard sur celle des Etats-Unis et "à côté de la plaque", projetant sur la situation des schémas d'analyses inadéquats.
L'intrication désolante (et forcément paralysante) des intérêts de certains membres du gouvernement dans l'économie tunisienne, mise en coupe réglée par l'ancien dictateur et ses proches, n'a rien arrangé et donne de la France, patrie des Droits de l'Homme, une mauvaise image. On ne peut se réjouir de cette situation. La Tunisie est à trois quarts d'heures d'avion de Marseille, alors qu'un océan la sépare des Etats-Unis. Les Histoires de nos deux Peuples sont liées.
La France doit rapidement reprendre la main en Tunisie, au Maghreb et au Moyen-Orient. "Reprendre la main" ne veut pas dire faire semblant et se tenir dans une prudente expectative, mais faire tout ce qui est en son pouvoir, sans ingérence ni condescendance, pour aider, dans la mesure où il le demandera, le Peuple tunisien à construire concrètement, institutionnellement et économiquement, la Démocratie dont il a soif.
Au point où en sont les choses, il serait opportun que la ministre des Affaires étrangères se démette et que le nouvel ambassadeur de France en Tunisie en fasse autant s'il ne se sent pas capable de modifier radicalement ses analyses et son comportement.
Lettre ouverte à M. Boris Boillon, Ambassadeur de la République Française en Tunisie par Wejdane Majeri, vendredi 18 février 2011, 11:19
A son Excellence, L’Ambassadeur de France en Tunisie, Monsieur Boillon,
Si nous nous permettons de vous écrire ainsi aujourd'hui, c'est à la suite de votre première intervention à Tunis, intervention où vous vous êtes adressé au peuple tunisien par l'intermédiaire de ses journalistes.
Nous voudrions, par la présente, attirer votre attention sur certains points qui pour nous, peuple tunisien, sont essentiels, contrairement à ce que vous et vos maitres, semblez en droit de penser.
Si vous souhaitiez que votre séjour en Tunisie soit entouré de sérénité et de bons rapports, non seulement avec les représentants du peuple mais avec tout le peuple tunisien, il apparait évident que vous n'avez pas eu beaucoup d'entendement.
Une journaliste vous a posé la question de savoir ce « que (vous pourriez) répondre aux préoccupations du peuple tunisien par rapport au comportement de la France durant la Révolution ». Vous avez oublié votre fonction et avez répondu que cette question était un préjudice. Vous vous êtes même permis de traiter la question de "débile".
Sachez, cher Monsieur, que la France, que vous représentez ici, à Tunis, a beaucoup à faire pour faire oublier, d'une part, son soutien inconditionnel à son ami Ben Ali pendant toutes ces années, mais, surtout, la position politique inadmissible qu'elle a soutenu pendant que nos jeunes mouraient et se battaient pour la liberté, l'une des valeurs pourtant inscrite dans la devise de votre patrie, Monsieur.
Ainsi nos préoccupations vous semblent déplacées ? Et bien, c'est que nous allons avoir un problème, cher Monsieur. Car, voyez vous, le peuple tunisien n’a jamais été un peuple imbécile, contrairement à ce que vous pourriez croire. Et si nous avons connu le malheur et la disgrâce de vivre sous un dictateur « ami » de la France, cela ne veut pas dire que nous ne savons réfléchir, comprendre et surtout nous prononcer. Cela signifie "juste", qu'avec l'accord de votre Nation, nous avions été muselés et dépouillés d'une grande partie de nos droits, dont celui de nous exprimer.
Mais ne prenez pas la conséquence pour la cause et sachez que nous vous voyons pour ce que vous êtes, très cher Monsieur.
Votre attitude pleine de mépris et d'arrogance, l'outrecuidance de parler ainsi à une journaliste tunisienne qui exprimait la question principale qui occupe le peuple tunisien quant à l'avenir de ses relations avec la France, a choqué plus d'une personne.
Si c'est ainsi que se comporte le représentant de l'État français en Tunisie, nous craignons le pire pour l'avenir de nos échanges, Monsieur.
Mais pouvions nous attendre à autre chose de la part d'un représentant dont le gouvernement n'a toujours pas présenté d'excuses claires pour avoir offensé la dignité d'un peuple ni n'a été blâmé pour entretenir des relations d'affaires avec un tyran ?
Cher monsieur, votre jeunesse n'est qu'apparente, vos actes semblent venir d'un monde si ancien, si vieux. Pensiez vous réellement pouvoir vous comporter comme ces soldats ardents et insultants de la période colonialiste ? Il semblerait que vos maîtres n'aient toujours pas compris quelle est la période historique qui s'ouvre en ce moment en Tunisie.
Mais il est certain que les piètres performances de notre ancien ministre des affaires étrangères doivent y être pour quelque chose. Faut-il vous expliquer, cher Monsieur, que nous ne sommes pas au début d'un nouveau colonialisme, non, nous sommes à l'aube de grands changements, et cette attitude française sera sévèrement punie à chaque fois qu'elle aura le malheur de réapparaitre, comprenez le bien.
Sachez que la volonté du Peuple, aujourd'hui, Monsieur l’Ambassadeur, est de vous dire, tout simplement, "dégage" ! Vous avez réussi avec votre comportement dédaigneux à tirer le pire du peuple tunisien, connu pourtant pour son accueil légendaire et sa générosité. Vous avez, en moins d'une semaine, fait échouer votre mission. Vous pouvez partir maintenant. Et dommage pour cette belle carrière prometteuse que vous vous étiez préparée et imaginée, vous saurez certainement tirer une leçon diplomatique de ce passage éclair dans notre beau pays.
Tunis, Milan, Paris, le 18 02 2011 Wejdane Majeri Afef Hagi Shiran Ben Abderrazak
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