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Marie-Alain Couturier, La vérité blessée, avant-propos de Michel Serres, Librairie Plon, 1984 et éditions du Cerf

 

"Introducteur de l'art contemporain dans les édifices religieux (Assy, Vence, Audincourt), le père Marie-Alain Couturier fut l'ami et l'interlocuteur de Matisse, Picasso, Léger, Braque, Le Corbusier, comme de Malraux, Maritain, Jouhandeau, Focillon, Julien Green. Chacun reconnaissait en lui un homme de Dieu, c'est-à-dire un homme libre - libre de cette liberté acquise dans le détachement, qui conduit à la justesse du regard, à la clarté du jugement, à l'exemplarité du choix.

 

C'est cet homme à la fois détaché et passionné qu'on retrouve dans ces textes écrits durant les quatorze dernières années de sa vie. Qu'ils traitent de politique ou d'art, qu'ils interrogent le comportement des hommes ou la fin de notre civilisation, ils sont une invitation constante à dépasser toutes les frontières afin de découvrir la vérité dans notre monde qui réussit si bien à la masquer, à la blesser, à la diminuer.

 

Jean Cocteau : "Sa figure m'est extrêmement présente : une petite tête de mort, éclairée à l'intérieur par un feu très vif et très sombre."

 

Jouhandeau : "Sa seule présence, même lointaine et muette, avait quelque chose d'un enseignement, d'une règle, nous tenait lieu de conscience, quand il arrivait à la nôtre de s'éclipser."

 

Braque : "Chez lui, tout était amour."

 

Léger : "Il est à l'origine, sans discussion possible, de la prise de contact entre les artistes modernes et leurs possibilités créatives avec l'architecture religieuse."

 

Le Corbusier : "Le Père Couturier était notre ami, ami de ce qui nous est le plus sacré : la foi dans notre art."

 

 

 

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Le père dominicain Marie-Alain Couturier, né le 15 novembre 1897 à Montbrison (Loire) et mort le 9 février 1954, est un artiste et, surtout, un théoricien de l'art, qui fut l'un des principaux acteurs du renouveau de l'art sacré en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Ancien élève de Maurice Denis, dont il avait intégré les ateliers d'art sacré, il opposera au vieux maître une nouvelle vision de l'art d'église.


Chargé en 1937, avec le père Pie Raymond Régamey, de la direction de la revue L'Art sacré, il y développe la nécessité de rompre avec l'académisme pour faire appel aux plus célèbres et talentueux des artistes quelles que soient leurs pratiques religieuses :


« La décadence des arts sacrés a aussi des causes spirituelles et sociales. Mais ses causes artistiques se ramènent toutes à l'académisme, directement ou par contre-coup. »


En 1950, dans un article intitulé « Aux grands hommes les grandes choses », il s'indigne que "cent vingt églises ont pu être bâties autour de Paris sans qu'un seul des grands architectes français, respectés du monde entier, ait été seulement consulté."

 

"Il vaut mieux, estime-t-il, s'adresser à des hommes de génie sans la foi qu'à des croyants sans talent." En effet, pour lui, « tout art véritable est sacré."


C'est donc aux plus grands artistes de son temps que le père Couturier fera appel pour décorer l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy : Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat, Germaine Richier, Georges Rouault, Jean Bazaine, Henri Matisse, Georges Braque, Jacques Lipchitz et Marc Chagall, entre autres.


L'audace de certaines œuvres et l'indépendance des artistes déclencheront la querelle de l'art sacré.

 

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     La chapelle du Rosaire, à Vence,  décorée par le peintre Henri Matisse

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