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0 a a agent Fabrice Waterloo

 

 

Le corpus : 

 

- Un extrait de La Chanson de Roland (auteur anonyme du Xème siècle)

 

- Un extrait de La Chartreuse de Parme de Stendhal, romancier du XIXème siècle 

 

- Un extrait du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, romancier du XXème siècle

 

Le corpus propose trois variations autour de la notion de héros à travers trois extraits de romans.

 

Les Grecs appelaient "héros" les demi-dieux et les grands hommes divinisés (Achille par exemple). Un héros est quelqu'un qui se distingue par des actions et des qualités extraordinaires, particulièrement à la guerre. C'est aussi le personnage qui tient le rôle principal dans une oeuvre.

 

Tout le problème est de distinguer entre les deux sens du mot "héros" et de savoir si un héros doit nécessairement être "héroïque".

 

La Chanson de Roland met en scène un héros qui correspond à la définition traditionnelle : il  est infatigable ("se dépense sans compter"), il a une force surhumaine (il est capable de fendre un ennemi en deux avec sa monture dans le sens de la hauteur !), il n'a pas d'états d'âme, il ne doute pas un seul instant de son bon droit... A l'inverse, Stendhal dans La Chartreuse de Parme et Céline dans Le Voyage au bout de la nuit présentent respectivement deux personnages, Fabrice del Dongo et Bardamu, qui ne correspondent pas à la conception traditionnelle.

 

Stendhal évoque la seule et unique expérience militaire de Fabrice, celle d'une défaite (la bataille de Waterloo). Fabrice idéalise la guerre et l'héroïsme dont il se fait une conception naïve et enfantine.. Il est en complet décalage avec la réalité, une réalité qui le dépasse, qui l'horrifie et à laquelle il ne comprend rien. Bardamu, quant à lui est passif comme Fabrice, il subit, comme Fabrice,  le bruit et le feu, il ne comprend pas mieux la guerre que Fabrice, mais contrairement à Fabrice qui admire le maréchal Ney, il éprouve des sentiments de violente hostilité envers ses supérieurs. Il ne fait preuve d'aucun patriotisme, n'en veut pas aux Allemands et considère que les imbéciles et les méchants sont partout. De Stendhal à Céline, on est passé de l'ironie à la critique acerbe.

 

Les trois textes témoignent d'une évolution de la notion de héros qui correspond à une évolution de la conception de la guerre. L'auteur anonyme de La chanson de Roland idéalise la guerre et valorise l'héroïsme à la manière des enfants qui "jouent à la guerre" et accomplissent des exploits imaginaires. Stendhal montre la réalité de la guerre à travers le regard d'un jeune homme qui n'a jamais "vu le feu" et n'en saurait finalement que ce qu'en dit La Chanson de Roland et les romans de chevalerie. A travers le point de vue de Bardamu, son porte-parole, plus "aguerri", plus âgé et moins "innocent" que le héros de Stendhal, Louis-Ferdinand Céline dénonce l'absurdité de la guerre et la bêtise de ceux qui la font.


 

Stendhal, La Chartreuse de Parme, Fabrice à Waterloo :

 

" Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois la peur ne venait chez lui qu'en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. L'escorte prit le galop; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au-delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.

 

 -- Les habits rouges ! les habits rouges ! criaient avec joie les hussards de l'escorte, et d'abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu'en effet presque tous les cadavres étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d'horreur ; il remarqua que beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore, ils criaient évidemment pour demander du secours, et personne ne s'arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain, se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mît les pieds sur aucun habit rouge. L'escorte s'arrêta ; Fabrice, qui ne faisait pas assez d'attention à son devoir de soldat, galopait toujours en regardant un malheureux blessé.

 

-- Veux-tu bien t'arrêter, blanc-bec ! lui cria le maréchal des logis. Fabrice s'aperçut qu'il était à vingt pas sur la droite en avant des généraux, et précisément du côté où ils regardaient avec leurs lorgnettes. En revenant se ranger à la queue des autres hussards restés à quelques pas en arrière, il vit le plus gros de ces généraux qui parlait à son voisin, général aussi, d'un air d'autorité et presque de réprimande ; il jurait. Fabrice ne put retenir sa curiosité ; et, malgré le conseil de ne point parler, à lui donné par son amie la geôlière, il arrangea une petite phrase bien française, bien correcte, et dit à son voisin:

 

-- Quel est-il ce général qui gourmande son voisin

 

-- Pardi, c'est le maréchal ! 

 

-- Quel maréchal?

 

-- Le maréchal Ney, bêta ! Ah çà! où as-tu servi jusqu'ici ? 

 

Fabrice, quoique fort susceptible, ne songea point à se fâcher de l'injure ; il contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves.

 

Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d'une façon singulière. Le fond des sillons était plein d'eau, et la terre fort humide, qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui : c'étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu'il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l'escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres : le sang coulait dans la boue.

 

Ah ! m'y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J'ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. A ce moment, l'escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c'étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d'où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n'y comprenait rien du tout."


 

Ecriture d'invention : Fabrice raconte quelques années plus tard "sa"bataille de Waterloo.

 

- "Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment." Stendhal va montrer en quoi Fabrice n'est pas le héros qu'il aurait voulu être.

 

Reprendre les éléments suivants :

 

- Il a peur

 

- Il ne supporte pas le bruit ("scandalisé")

 

- Il ne comprend pas le sens du cri : "les habits rouges !" (les soldats anglais)

 

- Il éprouve des sentiments d'horreur devant l'abandon des soldats blessés

 

- Il a peur que son cheval ne piétine les "habits rouges".

 

- Il est distrait.

 

- Il se place par mégarde entre le commandement et l'ennemi.

 

- Il se fait rabrouer. ("blanc-bec")

 

- Il ne reconnaît pas le maréchal Ney.

 

- Il éprouve une admiration enfantine envers "le héros de la Moscova".

 

- Il est bouleversé  par le spectacle du cheval éventré.

 

- Il ne comprend  pas d'où viennent les boulets.

 

- Il ne comprend rien du tout.

 

- il voudrait ressembler au maréchal Ney.

 

- Il est triste.


 

Devoir d'élève :     

 

"J'avais quitté l'Italie pour rejoindre Napoléon et je me suis retrouvé dans la boue, en pleine bataille de Waterloo. J'ai rencontré par hasard des hussards qui escortaient le maréchal Ney envers qui j'éprouvais alors une admiration enfantine. J'ai vu le feu, j'ai risqué ma vie, mais je dois avouer que j'ai été fort peu héros et que je n'ai rien compris à ce qui se passait.

 

D'abord, la guerre est une chose tout à fait horrible ; elle fait un bruit épouvantable qui fait mal aux oreilles et qui scandalise. Ensuite, je l'avoue, j'ai eu peur au milieu de tout ce fracas, de toutes ces explosions, de tous ces blessés, de tous ces morts... peur d'être blessé et de mourir, moi aussi. Je sais bien qu'un héros n'a jamais peur, mais je suis décidé à dire la vérité : je n'ai pas l'étoffe d'un héros.

 

Et puis la guerre, pour quelqu'un comme moi qui voyais le feu pour la première fois, c'est complètement incompréhensible. Par exemple, je ne comprenais pas d'où venaient les boulets et quand les hussards ont crié : "Les habits rouges !", je n'ai pas compris qu'il s'agissait des soldats anglais. Et puis la guerre, ça n'est pas beau à voir. J'ai vu des soldats blessés et abandonnés demander en vain qu'on les secoure ; je me suis arrangé pour que mon cheval ne les piétine pas, j'ai vu un cheval éventré...

 

Comme je ne comprenais rien, j'ai fait tout ce qu'il ne fallait pas faire : je me suis interposé entre le commandement et l'ennemi et je me suis fait traiter de "blanc-bec" par un maréchal des logis. Vous savez à quel point je suis susceptible, mais au lieu de lui répliquer, je lui ai demandé qui était le général qui gourmandait son voisin et il m'a répondu que c'était le maréchal Ney. J'ai contemplé, éperdu mon idole, le vainqueur de la Moscova, le brave des braves... Il ne ressemblait pas du tout à l'idée que je m'en étais fait, avec sa figure rouge et ses cheveux blonds... J'ai été un peu déçu et aussi un peu triste de penser que je ne ressemblais pas du tout au maréchal Ney, avec mon teint pâle et mes cheveux bruns...

 

Oui, je le sais maintenant, je ne suis pas et je ne serai jamais un héros. Mais si être un héros, c'est devenir sourd à cause du bruit de la guerre, si être un héros c'est supporter sans frémir de voir des soldats blessés réclamer en vain qu'on leur vienne en aide, si être un héros, c'est ressembler à un gros hommes au visage rouge et aux cheveux jaunes, alors je ne regrette pas de ne pas être un héros."

 


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