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Rotrou, Le Véritable Saint Genest, édition critique par José Sanchez, éditions José Féijoo, juin 1991

 

 

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Jean de Rotrou, né Jean Rotrou, est un dramaturge et poète français, né le 21 août 1609 à Dreux et mort de la peste le 28 juin 1650, également à Dreux.

 

Dramaturge du XVIIème siècle, contemporain et rival de Corneille, Jean de Rotrou (1605-1650) est un auteur prolifique trop souvent méconnu. On lui doit plus de 35 pièces de formes et genres variés :  comédies, tragédies et tragi-comédies, toutes représentatives du goût de l'époque. Rotrou est l'un des représentants de la sensibilité baroque qui s'épanouit dans les années 1630.

 

Le Véritable Saint Genest (1647), tragédie réligieuse en 5 actes et en vers, est l'oeuvre phare de Rotrou. La raison de cet intérêt est sans conteste le procédé innovant du "théâtre dans le théâtre".


 

"La plus baroque, le plus provocante et la plus subversive des grandes oeuvres de Rotrou - la moins jouée également -, est une tragédie religieuse. Contemporaine du Polyeucte de Corneille, auquel on l'a si souvent et si vainement comparée ; elle n'est pas pour autant une timide rivale ; encore moins la pâle imitation. En jouant sur la scène du théâtre la conversion d'Adrian, le comédien Genest devient lui-même chrétien. Cette métamorphose le conduit à la mort. La tragédie religieuse de Rotrou n'a pas pour autant deux visages : celui de la Grâce que Dieu dispense ; celui de l'apologie du métier des planches. Le paradoxe veut au contraire que Dieu ait choisi la voie mystérieuse de l'imitation pour prodiguer sa grâce. On ne provoque pas en vain les puissances célestes. On ne joue pas impunément non plus la farce du monde sans s'apercevoir tôt ou tard que le monde n'est qu'un théâtre." (4ème de couv. de l'édition mentionnée)

 

La scène se passe à Nicomédie, au IIIème siècle après Jésus-Christ, au moment  de la "grande persécution" : les empereurs Dioclétian et Maximin mènent alors une répression sanglante contre les chrétiens. Lors du mariage de sa fille, Dioclétian demande à une troupe de comédiens de venir jouer une pièce de théâtre. Celle-ci représente le martyre d'Adrian qui meurt en témoignant de sa foi. Mais Geneste, le comédien qui joue le rôle d'Adrian, s'identifie si bien à son personnage qu'au milieu de la représentation il cesse de jouer la comédie pour se proclamer chrétien. (Julia Raison, source : Le Petit Littéraire.fr)

 

Si, comme on l'a dit, Rotrou, en donnant son Véritable Saint Genest, marche sur les traces de Corneille et de son Polyeucte, la source dont ce dernier fait état - les Vitae sanctorum de Surius - , a bien pu fournir à notre auteur le sujet de sa propre tragédie religieuse.

 

L'histoire légendaire de Geneste, saint patron des comédiens, tient en quelques lignes. Chargé par l'empereur Dioclétien d'observer les rites des chrétiens pour mieux les parodier ensuite sur scène, et ainsi mieux ridiculiser leurs pratiques, le comédien Genest, frappé lui-même par la Grâce au cours d'une de ses représentations, est condamné à mort, torturé puis décapité. Les faits remonteraient à la fin du IIIème ou au début du IVème siècle. Les historiens de l'hagiographie placent en effet sa mort en 285, en 286 ou en 303. L'Eglise chrétienne célèbre sa fête le 25 août. (Edition mentionnée, p. LXXXIII)


"Quand le théâtre, qui par définition est illusion, met en scène lui-même l'illusion qu'il procure, tout devient possible. Et quand, de surcroît, le théâtre "se regarde, se discute, se disculpe, se demande ce qu'il est", comme c'est le cas après 1630 où il atteint une sorte d'âge adulte", Le Véritable Saint Genest constitue en quelque sorte un exemplum. C'est que la pièce de Rotrou réunit mieux qu'aucune autre tous les ingrédients qui participent de la scène baroque : le mélange des genres et l'ambiguïté qu'il engendre, le théâtre dans le théâtre bien sûr - le thème, mais également tout ce que la technique qui s'y attache suppose -, enfin le topos du theatrum mundi. On en aura une idée exacte quand on aura pris la mesure de ce que cette "tragédie de la subversion", pour reprendre le mot de Jacques Morel, recèle de rapprochements et d'analogies inattendus, comme si soudain Rotrou convoquait sur une même scène ses thèmes favoris d'inspiration.  

 

Avec beaucoup plus d'imagination et de hardiesse que Lope de Vega, Rotrou associe la toute-puissance de la Grâce divine et l'emprise qu'exerce, par son talent, l'acteur sur son public. Ce rapprochement, qui n'acquiert pleinement son sens qu'au travers de l'implicite analogie entre la scène du théâtre et la scène du monde, prend du reste successivement des accents tantôt cocasses et amusés, tantôt graves. Genest, passé pourtant maître dans l'art de feindre, familier du langage à double entente, comme son décorateur, peut être lui aussi victime de l'illusion théâtrale ; davantage, de ce qu'il croit être l'illusion théâtrale et qui est déjà, à son insu, la manifestation du cheminement en lui de la Grâce. Le comble de l'illusion est atteint lorsque, devant ses camarades de jeu abasourdis, Genest quitte définitivement le rôle d'Adrian et improvise sous la dictée de l'Esprit-Saint, tandis que la cour multiplie les compliments à l'endroit du comédien dont "l'adresse suprême" peut tout à la fois abuser acteurs et spectateurs. Sans multiplier les exemples, l'éloge du théâtre est suffisamment présent tout au long du texte pour que la pièce de Rotrou soutienne la comparaison avec d'autres qui l'ont précédée, en particulier avec l'Illusion comique." (Préface)

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