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LE MONDE | 20.02.2013 à 14h53 • Mis à jour le 21.02.2013 à 14h44

Par Arnaud Leparmentier (Europe) 


Pour Valéry Giscard d'Estaing, c'était hier.

Son voyage triomphal à Athènes, en septembre 1975, un an après le retour de la démocratie en Grèce et de son ami Constantin Caramanlis au pouvoir. "De l'aéroport au palais du premier ministre, il y avait une foule de quatre rangs pour m'applaudir", nous confiait récemment l'ancien président de la République.

Rien de tel en ce 19 février 2013 : François Hollande a effectué à Athènes une visite éclair de huit heures. On lui a servi le menu express : déjeuner avec le premier ministre, Antonis Samaras, entretien avec le président de la République, Karolos Papoulias, colloque économique franco-grec pour briguer quelques privatisations, et réception de la communauté française au lycée Eugène-Delacroix. Pas de bain de foule ni d'accueil populaire, mais une morne indifférence sous le crachin hivernal. Athènes fourbissait ses armes pour la nouvelle grève générale du lendemain. Faute de parution, il n'y aura pas une ligne dans la presse grecque pour relater la visite présidentielle.

 

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Le président normal a fait plus court que Nicolas Sarkozy, qui s'était adressé au Parlement grec en juin 2008, en invoquant ses racines dans la communauté juive de Salonique. On avait eu droit à la litanie des philosophes dans un discours troussé par Henri Guaino, plume de Nicolas Sarkozy, dont on ne s'était pas encore lassé. Cette fois-ci, on a invoqué sans verve les liens historiques entre la Grèce et la France.

 

La France s'est toujours entichée de la Grèce. Nul besoin de remonter à la guerre d'indépendance (1821-1830), qui conduisit Victor Hugo à célébrer l'Enfant grec dans les Orientales ou Eugène Delacroix à peindre les massacres de Scio. C'est la France de Giscard d'Estaing qui imposa son entrée dans l'Union européenne, sans examen sérieux. La Grèce, coupée géographiquement de l'Europecarolingienne, était européenne honoris causa : elle est "le berceau de la démocratie", François Hollande l'a répété. Elle ne respectait pas vraiment les règles, touchait des fonds en les dilapidant, et prêtait main-forte à des manoeuvres politiques, telle la rencontre en 1984 entre Mitterrand et Kadhafi en Crète. Pendant longtemps, on s'en fichait. Que craindre d'un petit pays représentant 2 % de la richesse économique de l'Union ? Jusqu'à ce qu'on s'aperçoive, fin 2009, que ses turpitudes menaçaient toute la zone euro.

 

Après quatre années de crise, l'évidence s'impose : l'amie de la Grèce, c'est peut-être la France ; la patronne, c'est Angela Merkel. Pour le meilleur et pour le pire. C'est la chancelière allemande qui a imposé un plan d'austérité draconien à Athènes, avant d'accepter enfin cet été, sous la double pression de Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) et de François Hollande, que ce pays reste définitivement dans la zone euro. Pas par solidarité, mais parce que la chancelière a réalisé que le seul moyen de sauver l'euro était de sauver la Grèce.

 

En mère fouettarde, elle fut la première dirigeante à reprendre le chemin d'Athènes cet automne, reçue avec les honneurs militaires et bravant les manifestants qui arboraient des croix gammées pour dénoncer le diktat germano-bruxellois. Sa visite fit l'événement, tandis que celle de François Hollande tombe dans une trappe, entre conflits africains et rigueur française. Un brin tardive. Le premier ministre Samaras a botté en touche lorsqu'il lui fut demandé si M. Hollande devait faire contrepoids à Mme Merkel. "L'Europe, cela ne veut pas dire choisir. L'Europe, cela veut dire unir, composer", a expliqué M. Samaras, qui a prétendu : "La France constitue toujours le centre politique de l'Europe."

 

Et maintenant ? A moins qu'on n' ait mal compris, François Hollande, qui parle croissance et solidarité, a donné son visa à la potion amère d'Angela Merkel. "Le peuple grec a subi des choix douloureux, même si, pour beaucoup, ils étaient nécessaires", a-t-il déclaré devant un parterre d'entrepreneurs. Désormais, les Etats ont fait leur travail, il convient aux entreprises d'investir pour relancer un cercle vertueux. Le "politique" Hollande s'est mué en président mercantile, à la recherche de contrats de privatisations, qui, réalisées en France, feraient hurler le PS. "Il y a des opportunités. Nous devons, nous, les Français et les entreprises françaises, prendre notre part", a revendiqué M. Hollande.

 

Méthode Coué ou réalité ? Chacun espère que les investisseurs vont reprendre le chemin de la Grèce, même si les points noirs sont épouvantables. "Nous avons un PIB [produit intérieur brut] en chute, une économie qui implose, une société désespérée, un taux de chômage qui dépasse 27 % et un système politique qui s'écroule avec l'arrivée des extrémistes et un parti néonazi qui fait de Le Pen un gentil", résume le politologue Loukas Tsoukalis, qui entrevoit toutefois quelques hirondelles. La Grèce a entrepris une consolidation budgétaire sans précédent, imposé une baisse des salaires de 14 % sur trois ans. Mais tant reste à faire"En Espagne ou au Portugal, la dynamique positive va venir de l'amélioration de la compétitivité. En Grèce, quoi qu'on regarde, c'est épouvantable", s'afflige l'économiste de Natixis, Patrick Artus.

 

Les prix ne baissent pas assez, en raison d'une trop faible concurrence dans le commerce et les filières d'importations. L'Etat reste à construire, même si la France apporte son concours pour réformer la fiscalité et construire un Etat moderne. "La France a une certaine expérience en matière de lourdeur administrative, elle sait ce qu'il ne faut pas faire", a plaisanté François Hollande.

 

Ces chantiers sont de longue haleine,et il faut tenir. Au moins jusqu'à l'automne. En attendant la reprise comme on attend Godot et surtout les élections fédérales allemandes, qui devraient voir une décrispation de l'Allemagne.

 

D'ici là, la Grèce n'est pas à l'abri d'un accident. Un accident politique, alors que le pays est gouverné par une coalition instable encadrée par les extrêmes. Un accident social, sur fond de violences, alors que la Grèce sacrifie sa jeune génération écrasée par le chômage. Un accident sur les marchés, qui pourraitvenir d'Italie, si Silvio Berlusconi et Beppe Grillo jouent les trouble-fêtes aux élections des dimanche 24 et lundi 25 février. C'est la crainte qu'a exprimée le vieux président, Karolos Papoulias, à François Hollande.

 

leparmentier@lemonde.fr

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