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Jean-Michel Maldamé, "Une religion de l'esprit"
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Jean-Michel Maldamé, "Une religion de l'esprit"
Jean-Michel Maldamé, "Une religion de l'esprit"

Jean-Michel Maldamé, Monothéisme et Violence, Les Editions du Cerf, 2018

Jean-Michel Maldamé, né à Alger le 31 août 1939, est un théologien dominicain français. De formation universitaire aussi bien philosophique que scientifique (mathématiques et philosophie des sciences), docteur en théologie, c'est un spécialiste reconnu des rapports entre science et religion. Après un début de scolarité en Algérie, Jean-Michel Maldamé poursuit des études en France. Il est entré dans l'ordre dominicain. Il a été ordonné prêtre en 1966. Il a été régent des études pour la province dominicaine de Toulouse et il a enseigné à l'Institut catholique de Toulouse (dont à la Faculté de théologie) dont il devient doyen en 1984, poste qu'il occupe jusqu'en 2000. Collaborateur de la Revue thomiste, il y est chargé de l'analyse des publications scientifiques internationales. Il collabore également à la revue Esprit et Vie. Le 29 janvier 1997, il est nommé membre honoraire de l'Académie pontificale des sciences, et depuis 2008 de l'Académie internationale de sciences religieuses.

Envoi

"Au terme de ces réflexions, pour dire la spécificité chrétienne, je privilégierai un événement : la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Évangile de Jean, chapitre 4).

Le contexte de la rencontre doit être pris en compte, puisque le premier et le dernier verset du récit mentionnent l'itinéraire de Jésus. les deux chapitres précédents ont rapporté l'action de Jésus à Jérusalem avec la purification du Temple, ses nombreux signes et l'entretien avec Nicodème (figure du judaïsme érudit). Puis Jésus vient en Judée. Il doit passer par la Samarie pour aller en Galilée qui, selon le prophète Isaïe, est le "carrefour des nations". La géographie est ici au service de la mise en oeuvre d'une visée universelle, spécifique du christianisme.

L'occasion de la rencontre est banale. Jésus est épuisé par la route ; à l'heure la plus chaude du jour, il demande à une femme inconnue de lui donner à boire, puisqu'il n'a rien pour puiser dans le puits près duquel il s'est arrêté. Cette femme se récrie ; en effet, dans la culture du temps, un homme ne doit pas adresser la parole à une femme seule. Cet interdit est alors renforcé chez les Juifs qui considèrent qu'elle est totalement impure, parce que samaritaine. Pour attester la pureté de sa démarche, Jésus demande à cette femme d'appeler son mari. A la réponse de la femme disant qu'elle n'a pas de mari, Jésus comprend sa situation ; il le lui dit. Elle reconnaît la vérité et conclut que Jésus est "prophète" et qu'elle a affaire à un "homme de Dieu". La clairvoyance de cet homme suscite son désir de comprendre ; la Samaritaine interroge Jésus sur le cœur du conflit entre les Juifs et les Samaritains : la question du "temple".

Le puits où advient la rencontre entre Jésus et la Samaritaine n'est pas n'importe quel puits, c'est le "puits de Jacob". Il est sur le territoire que Jacob a donné à son fils Joseph ; la possession d'un tel puits atteste que le pays fait partie de la Terre promise et qu'il est l'héritage de Jacob, le père des douze tribus d'Israël. Les habitants du pays sont donc des descendants des patriarches et, à ce titre, ils sont héritiers de la Promesse et partenaires de l'Alliance conclue avec Abraham et Jacob. Les Juifs refusent cet honneur aux Samaritains qu'ils considèrent comme "hérétiques", puisqu'ils ne se rattachent pas à la ville de Jérusalem, la ville de David, membre de la tribu de Juda. Ils justifient leur rejet (et leur mépris) par deux raisons. D'abord, les Samaritains ont été envahis par les Assyriens qui ont implanté des étrangers dans le pays ; de ce fait, pour les Juifs, les Samaritains ne sont pas de vrais descendants d'Abraham, mais des "bâtards". Ensuite, ils ont construit un temple sur le mont Garizim et ils ont écarté de leur Bible les textes qui centrent toute la révélation à Jérusalem. ce qui divise les deux populations, c'est bien la question du temple. La question de la Samaritaine est donc centrale : quel est le vrai Temple où adorer le Dieu unique ?

La réponse de Jésus efface le motif de la querelle. Pour lui, la prière n'est pas liée à un lieu unique, ou un temple ; elle doit se faire "en esprit et en vérité" et donc en tout lieu et en tout temps. Tous les lieux se valent pour prier (comme il est dit dans le sermon sur la Montagne). Cette parole est libératrice vis-à-vis de toute absolutisation des pratiques religieuses. La prière est ainsi placée dans une perspective qui libère de tout ce qui est lié au système sacrificiel, donc aux temples.

Ainsi le propos de Jésus ne concerne pas la frontière qui définit Israël comme "royaume de David" ; elle concerne tout le judaïsme défini par le respect de la Torah. Plus encore, elle fonde une autre manière de vivre en lien avec un Dieu pensé, honoré et servi comme "esprit" (ruah en hébreu, pneuma en grec, spiritus en latin).

Cette ouverture renouvelle la manière de vivre l'universel. Une perspective apparaît où se renouvelle l'espérance messianique. Il n'y a pas deux pouvoirs, d'une part le sacerdoce (sacerdotium) et d'autre part l'empire (regnum) - chacun tendant à dominer l'autre. Il y a un autre pouvoir, celui de la sagesse qui est science et raison (scientia et ratio). Ce troisième pouvoir porte l'exigence de la vérité. En en faisant un objet de recherche, de débat et de communion, elle est un chemin d'ouverture et d'invention de fraternité et de réconciliation, celui qui fait du peuple de Dieu l'Eglise sainte.

Revenons au texte cité plus haut : lorsque devant Pilate qui représente le Pouvoir et qui sait que les prêtres ont agi par malveillance, se tient Jésus qui atteste par son attitude qui exclut toute violence : "Je suis  né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité" (Evangile de Jean, 19,37)

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