Margery Allingham, La Maison des morts étranges et autres aventures d'Albert Campion, romans et nouvelles : Crime à Black Dudley, Au coeur du labyrinthe, Jusqu'à la lie, La Maison des morts étranges, Le chapeau magique, La Maison fantôme, Chanson de gestes, Préface de François Rivière ("N'oubliez par Margery Allingham"), Editions Omnibus, 2010
Margery Allingham (1904-1966) est une grande dame des lettres britanniques, rivale d'Agatha Christie en son temps. Elle a créé avec Albert Campion un détective excentrique et génial.
Quatrième de couverture :
"Rasé de près, des cheveux filasses, des yeux bleu pâle un peu égarés derrière des lunettes d'écaille" : ainsi apparaît Albert Campion, qui cache sous des dehors insignifiants et une conversation futile une intelligence et une audace redoutables. Il ne se prétend pas détective, mais se présente comme celui qui "arrange des affaires". Les énigmes auxquelles il est confronté le plongent dans des courses-poursuite trépidantes et riches en rebondissements. Des bijoux de mystère, d'humour et d'aventures.
Extrait de la préface :
"C'est avec Crime à Black Dudley (1929) que Margery Allingham fera véritablement date, en créant le personnage d'Albert Campion, un détective amateur aussi excentrique, s'il est possible, que l'auteur de ses jours.
Lord Peter Wimsey, le hobereau au monocle de Miss Dorothy Sayers, a-t-il servi de modèle à celui qui nous est présenté comme un grand jeune homme mince, aux cheveux gominés, au nez pointu orné de grosses lunettes à monture d'écaille ? La chose est assez probable, Marge ayant comme beaucoup de ses contemporains du goût pour les œuvres de sa talentueuse consœur. Elle aime aussi passionnément les romans de P.G. Wodehouse dont le Bertie Wooster n'est pas sans points communs avec Campion. Mais le butler dont celui-ci va s'affubler n'a rien de Jeeves. Ce factotum baptisé Magerfontein Lugg, décrit par Marge comme "un mélange de taurillon et de femme de chambre", est un ancien cambrioleur reconverti dans la filature. Il y a en lui un peu du Flambeau, l'acolyte ô combien pittoresque du Père Brown de Chesterton. Campion entre en scène sur la pointe des pieds, il n'est encore qu'un personnage de second plan. C'est dans Au cœur du labyrinthe (1930) qu'il apparaîtra dans toute sa dimension. Il y ressemble alors davantage à un personnage de Saki - ainsi que le remarquait la romancière A.S. Byatt - par son côté mystificateur et terriblement affecté. Quant à l'intrigue criminelle, elle est digne de rivaliser avec celles d'Agatha Christie, John Rhode ou Freeman W. Crofts, les stars du genre à l'époque. Le roman sera publié outre-Atlantique avec succès, il est même choisi comme "livre du mois" par le Doubleday Crime Club. Au cœur du labyrinthe a pour cadre les marais de la côte du Suffolk que Marge connaît bien et dont elle recrée l'atmosphère avec infiniment de finesse. Elle n'a pas non plus son pareil pour rendre le pittoresque des autochtones d'une plume parfois dickensienne. La seconde enquête d'Albert Campion, comme la suivante, Jusqu'à la lie (1931), achève ce qu'on est convenu d'appeler la "première période" de Margery Allingham, celle qui la rattache encore à la veine picaresque dont elle a depuis toujours été abreuvée, par atavisme paternel autant que par goût. Il semble toutefois que la jeune femme soit désormais désireuse de se mesurer aux auteurs policiers les plus plébiscités. C'est alors l'Âge d'or du Detective Novel, en Angleterre comme en Amérique où Hercule Poirot et Lord Peter Wimsey ont pour rivaux le distingué Philo Vance imaginé par S.S. Van Dine, Ellery Queen, le détective-auteur inventé par les cousins Frederic Dannay et Manfred B. Lee, l'homme aux orchidées de Rex Stout et beaucoup d'autres. Marge est encouragée par ses éditeurs new-yorkais à amplifier la mise en scène très personnelle des enquêtes d'Albert Campion. Celui-ci, aussi filiforme qu'elle-même est à présent affligée d'un surpoids disgracieux, colle littéralement à la peau de sa créatrice. Il adopte comme elle le Soho branché que Pip et Marge hantent avec assiduité, passant sur ses talons d'un night-club où s'encanaille la jeunesse dorée à une galerie d'art exposant des œuvres loufoques. Le tout pour les besoins d'une enquête dont la romancière brosse le décor et peint les personnages secondaires avec une invention et un humour qui la distinguent sans conteste de ses collègues." (François Rivière)
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