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Noam Chomsky, Raison & Liberté
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Noam Chomsky, Raison & Liberté

Noam Chomsky, Raison & Liberté, Sur la nature humaine, l'éducation & le rôle des intellectuels, Préface de Jacques Bouveresse, Textes choisis et présentés par Thierry et Jean-Jacques Rosat, traduit de l'anglais par Frédéric Cotton, Aude Blandini et Jean-Jacques Rosat, Editions AGONE

Table : 

Chomsky devant ses calomniateurs, quelques observations. Préface de Jacques Bouveresse

Première partie. La nature humaine : 1. "Langage et liberté" - 2. "Un savoir qui ne s'apprend pas" - 3. "Egalité. Sur le développement du langage, l'intelligence humaine et l'organisation sociale"

Deuxième partie. Les intellectuels contre la vérité : 1. "Les intellectuels de gauche et l'objectivité" -  2. "Science et rationalité"

Troisième partie. Les intellectuels et le contrôle des esprits : 1."La prêtrise séculière et les périls de la démocratie" - 2. "Propagande et contrôle de l'esprit public"

Quatrième partie. Education à l'obéissance, éducation à la liberté : 1. "La guerre froide et l'université" - "Quelques remarques sur l'éducation devant la commission MIT" - 3. "Pour la défense du mouvement étudiant" - 4. "Pour en finir avec la domestication à l'école"

Notes de références - Index des personnes, organisations et noms de lieux - Sources des textes.

Présentation des textes :

Première partie. La nature humaine

"L'idée de "nature humaine" est le pont qui relie le programme de recherche du linguiste et du savant avec les combats pour la liberté et l'égalité du penseur politique et du militant.

Telle que Chomsky la conçoit, la nature humaine n'est pas une essence mais un ensemble de capacités ou de dispositions régies par des règles, comme celles du langage : ancrées dans le biologique, celles-ci constituent un cadre qui, limitant les possibles, assure en même temps à l'esprit humain une créativité illimitée. A contre-courant de l'idée largement reçue qui voudrait que l'innéisme soit conservateur et les slogans "Tout est culture" et "Tout est construit" soient progressistes, Chomsky voit dans l'existence de structures mentales innées la marque que l'homme est né pour la liberté (...) Ainsi l'étude du  langage et de son usage pourrait nous aider à concevoir une organisation sociale capable de satisfaire le "besoin humain, fondamental s'il en est, de spontanéité, de créativité, de solidarité et de justice sociale." (...)

Deuxième partie : Les intellectuels contre la vérité

"Il n'est pas très courant de voir associées analyse politique et théorie de la connaissance ; et moins encore rationalisme et progressisme. Voilà plus d'un demi-siècle, ce programme était exactement représenté par les positivistes du cercle de Vienne. Mais depuis une vingtaine d'années, sous la bannière du postmodernisme (plus ou moins unifiée sous le nom de French Theory), tout ce qui, de près ou de loin, se réclame de la science, de la vérité et de l'objectivité est disqualifié comme réactionnaire : le savoir serait l'autre nom du pouvoir, aux mains des Etats et des élites (blanches et mâles), pour maintenir à leur place les dominé(e)s, dont les intellectuels de gauche se sont faits les hérauts.

Les deux textes rassemblés dans cette partie constituent une défense de l'objectivité comme cadre moral et intellectuel d'établissement des faits : c'est à partir d'eux, et d'eux seuls, qu'une compréhension digne de ce nom peut être produite et que chacun peut prendre des décisions en toute connaissance des causes et des conséquences.

Où l'on voit que c'est en revenant aux valeurs portées par l'anarchisme que Noam Chomsky défend l'objectivité et la recherche de la vérité comme principaux garants d'une organisation vraiment démocratique de la société : s'appuyant en particulier sur le témoignage de George Orwell sur la guerre civile espagnole, Chomsky porte la critique contre les intellectuels libéraux et communistes qui, relayant l'ordre social défendu par leurs Etats d'allégeance respectifs, condamnent les mouvements populaires et la participation du peuple aux prises de décisions cruciales, se réservant la maîtrise des changements politiques et la gestion de l'ordre social."

Troisième partie : Les intellectuels et le contrôle des esprits

"Les classes dirigeantes (qui sont d'ailleurs les dernières à avoir conservé une conscience de classe) doivent résoudre le douloureux problème de garder le pouvoir sans avoir recours, sur leur territoire national, à la violence de masse, du moins contre les classes moyennes. La solution mise en place aux Etats-Unis au début du XXème siècle, est l'industrie des relations publiques, qui fut inventée par l'élite libérale et cultivée, au service du contrôle de l'esprit public par le milieu des affaires avec le soutien de l'Etat. Cette industrie du divertissement (qui comprend notamment le cinéma, la télévision, l’essentiel de ce qui paraît dans les journaux, etc.) a une fonction : "Tenir (les gens) à l'écart des luttes sociales et politiques qui pourraient améliorer leur sort et les empêcher de se rassembler, en les divisant de toutes sortes de manières." A l'âge des médias de masse, une démocratie à laquelle le plus grand nombre ne participe qu'une fois tous les quatre ou cinq ans est bien malade. Et dans cette configuration, l'intellectuel libéral joue le rôle-titre. Pour Noam Chomsky, en effet, il est inutile d'invoquer un quelconque complot pour expliquer la conservation de l’ordre social injuste qui est le nôtre : la "classe des commissaires" veille et donne l'exemple de la double-pensée et de l'autocensure dans un système où "les idées impopulaires peuvent être étouffées et les faits dérangeants passés sous silence, sans qu'il y ait besoin pour cela d'une interdiction officielle" (George Orwell)

Quatrième partie : Education à l'obéissance, Education à la liberté

"Les quatre textes réunis dans cette dernière partie encadrent trente ans de réflexion sur le rôle de l'éducation, et notamment de l'institution universitaire, dans l'inculcation de l'ordre social.

Où l'on voit l'enseignant et chercheur Noam Chomsky analyser la manière dont l'université, qui pourrait être le lieu exceptionnel d'acquisition d'un esprit critique, ne fonctionne guère différemment du reste de la société, (comme lors de la période si peu propice à la dissidence que fut la guerre froide). C'est pourtant dans ces lieux, et singulièrement dans celui qui le paie, le Massachusetts Institute of Technology, instrument indiscutable de la politique étatique, que l'auteur voit la possibilité d'une contestation radicale de l'ordre social dominant. En particulier parce que la formation de l'esprit scientifique - qui favorise l'aptitude à ne pas ignorer les faits et à privilégier le souci de la vérité - est en adéquation avec le type d'esprit dont une véritable démocratie a besoin. Ainsi, c'est pour lui le développement d'une "recherche objective, libérée des contraintes imposées par le consensus politique (qui...) mènera à des conclusions radicales."

Enfin, c'est dans contestation étudiante (des années 1960 et 1970) que Chomsky a vu la base d'un "mouvement sérieux en faveur du changement social". dans la situation privilégiée qui est la leur, il jugeait les intellectuels radicaux capables d'"évaluer et de comprendre l'état présent de la société, comment elle pourrait changer et quelles formes alternatives sont disponibles pour le futur" ; capables de "convaincre, d'organiser et finalement d'agir, collectivement (... en incluant) de nombreux groupes qui ne sont pas en mesure ne serait-ce que d'exprimer leurs besoins et leurs buts, et encore moins de les porter à l'attention de l'opinion publique ou de développe une action politique qui repose sur eux."

 

 

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