Carl Gustav Jung, Métamorphoses de l'âme et ses symboles (Symbole der Wandlung), analyse des podromes d'une schizophrénie, avec 300 illustrations choisies par Yolande Jacobi, préface et traduction de Yves le Lay - En Livre de Poche aux Editions Gallimard.
Table des matières : Préface du traducteur - Préface de la quatrième édition - Préface de la troisième édition - Préface de la deuxième édition - Première partie : I. Introduction - II. Les deux formes de la pensée - III. L'hymne au créateur - V. Le chant de la mite - Deuxième partie: I. Introduction - II. Du concept de libido - III. La métamorphose de la libido - IV. La naissance du héros - V. Symboles de la mère et de la renaissance - VI. La lutte pour se délivrer de la mère - VII. Le sacrifice - Epilogue - Index alphabétique
"C'est en 1950 que le grand psychanalyste suisse donna cette quatrième édition, considérablement amplifiée, d'un essai de 1912 dans lequel, partant d'un cas individuel - celui, exposé par Théodore Flournoy, dune jeune Américaine auteur de poèmes dans un état semi-inconscient -, il ouvrait à sa discipline des perspectives radicalement neuves.
En partant de l'histoire de miss Miller, il s'y livre à une vaste enquête sur les symboles et les mythes culturels et religieux, développe sa théorie de l'inconscient collectif et archaïque, élargissant en fait le champ de la psychanalyse à une psychologie générale de l'humanité et de la culture. Dès sa première partition, ce livre qui marquait sa rupture avec Freud fut abondamment commenté et discuté.
C. G. Jung ne cessa par la suite de l'enrichir et d'en affiner les vues. C'est une de ses œuvres maîtresses et l'un des classiques mondiaux de la psychanalyse." (souce : babelio)
"Les symboles fonctionnent comme des transformateurs" :
"Le mythe religieux nous apparaît (donc) comme une des acquisitions les plus hautes et les plus importantes qui donnent aux hommes sécurité et force pour qu'ils ne soient pas submergés par le monstruosité de l'univers. Considéré du point de vue du réalisme, le symbole n'est pas une vérité extérieure, c'est une vérité psychologique ; car il fut et il est le pont qui mène à toutes les grandes conquêtes de l'humanité.
La vérité psychologique n'exclut nullement une vérité métaphysique. Cependant la psychologie en tant que science doit s'abstenir de toute affirmation métaphysique. Son objet est la psyché avec ses contenus. Tous deux sont des réalités puisqu'ils agissent. Nous ne possédons aucune physique de l'âme ; nous ne sommes même pas capables d'observer ni de juger d'un point de vue archimédique extérieur : nous ne connaissons donc d'elle rien d'objectif, et d'ailleurs tout ce que nous connaissons de l'âme, c'est précisément elle-même: et pourtant elle est notre immédiate expérience de vie et d'existence. Elle est à elle-même l'unique et immédiate expérience et la condition sine qua non de la réalité subjective du monde en général... Elle crée des symboles qui ont pour base l'archétype inconscient et dont la figure naissante surgit des représentations acquises par la conscience. Les archétypes sont des éléments structuraux de caractère divin de la psyché ; ils possèdent une certaine indépendance et une énergie spécifique grâce à laquelle ils peuvent attirer les contenus de la conscience qui leur conviennent. Les symboles fonctionnent comme des transformateurs en ce sens qu'ils font passer la libido d'une forme "inférieure" à une forme "supérieure". Cette fonction a une telle importance que le sentiment lui attribue les valeurs les plus hautes. Le symbole agit par suggestion ; autrement dit, il persuade et exprime en même temps le contenu de ce dont il est persuadé. Il persuade au moyen du numen, c'est-à-dire de l'énergie spécifique propre à l'archtype. L'expérience que l'on fait de ce dernier est, non seulement impressionnante, elle est à proprement parler "saisissante". Elle engendre tout naturellement la foi.
La foi "légitime" remonte toujours à l'expérience vécue. Cependant il est à côté d'elle une foi qui repose uniquement sur l'autorité de la tradition. On peut dire aussi de cette foi qu'elle est "légitime" puisque la puissance de la tradition est aussi une expérience vécue dont on ne peut mettre en doute l'importance pour la continuité de la culture. Certes cette forme de foi est exposée au danger de devenir une simple habitude, une paresse d'esprit, une persistance sans pensée, mais commode qui menace d'aboutir à un arrêt, donc à un recul de la culture. Cette dépendance devenue mécanique marche la main dans la main avec une régression psychique vers l'infantilité, car les contenus traditionnels perdent peu à peu leur véritable sens, pour ne conserver qu'une foi formelle sans aucune espèce d'action sur la vie. Il n'y a plus derrière elle la moindre puissance vitale. La naïveté tant vantée de la foi n'a de sens que si le sentiment de l'expérience vécue est encore vivace. Une fois perdu, le danger est grand que la foi ne soit plus qu'une dépendance infantile habituelle remplaçant tout effort de nouvelle compréhension, ou même l'entravant. Il me semble que c'est là la situation d'aujourd'hui.
Comme il s'agit dans la foi, de "représentations supérieures" centrales et d'importance vitale, qui seules donnent à la vie son sens nécessaire, le premier devoir qui s'impose au psychothérapeute est de saisir le sens nouveau des symboles afin de comprendre ses malades dans leurs efforts compensatoires inconscients pour découvrir une attitude exprimant la totalité de l'âme humaine." (C.G. Jung, Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Georg Editeur, pp. 385-388)
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