Ingmar Bergman, Laterna magica, traduit du suédois par C.G. Bjurström et Lucie Albertini, NRF Gallimard, 1987
A l'occasion du centième anniversaire de la naissance d'Ingmar Bergman, deux films lui sont consacrés. Ils constituent un complément, voire un correctif à son autobiographie Laterna magica.
Margareth von Trotta, A la recherche d'Ingmar Bergman
A Paris, en 1960, la réalisatrice Margarethe von Trotta se découvre une passion pour le cinéma grâce au Septième Sceau d’Ingmar Bergman. Depuis, le réalisateur ne l’a plus jamais quittée. Avec A la recherche d’Ingmar Bergman, la cinéaste explore son rapport intime avec le réalisateur suédois et livre un documentaire très personnel. Elle explique son point de vue de réalisatrice sur l'oeuvre du maître suédois et va également à la rencontre de nombreuses figures du cinéma telles que Ruben Ostlund, Olivier Assayas ou encore Mia Hansen-Løve...
Jane Magnuson, Ingmar Bergman, Une année dans une vie
En 1957, à l’aube de ses quarante ans, Ingmar Bergman entre dans une période de productivité sans précédent. Cette année-là, il tourne pas moins de trois films, met en scène quatre pièces de théâtre et conjugue travail acharné avec vie de famille tumultueuse…
A propos de Laterna magica :
"Ingmar Bergman : ce nom évoque aussitôt un réalisateur illustre dont l'oeuvre est l'une des plus originales du cinéma de notre temps. Mais l'homme, le connaît-on ? Ce livre, qui révèle les divers aspects de sa vie, de son caractère et de ses activités, nous réserve bien des surprises.
Enfant maladif à l'imagination débordante, Ingmar Bergman a été élevé par un père pasteur à la morale rigide et par une mère qui croyait bien faire en refusant tout épanchement sentimental. Il restera profondément marqué par son éducation, notamment dans ses relations avec les femmes.
Lorsque Ingmar Bergman jette un regard sur sa vie, c'est avant tout un homme de spectacle qui parle, et l'on trouvera ici des scènes et des portraits d'une acuité souvent cruelle, qu'il s'agisse de personnes inconnues du grand public ou de vedettes telles que Laurence Olivier, Greta Garbo, Ingrid Bergman, Victor Sjöström ou Karajan.
Directeur de théâtre et réalisateur de films, il a vécu dans la fièvre, entre les moments de grâce et les échecs, passionné dans l'action, sans complaisance dans ses jugements sur lui-même.
Ces Mémoires, qui sont plutôt des "confessions" modernes, dans la ligne de Rousseau et de Strindberg, témoignent de blessures profondes, de rêves et de peurs, de crises et de bonheurs, de questions angoissées qui n'auront jamais de réponses, et de souvenirs d'un étrange rayonnement."
Extraits :
"Ce n'était pas une machine compliquée. Comme source de lumière il y avait une lampe à pétrole et la manivelle était reliée à une roue dentée et une croix de Malte. Au fond de la boîte en tôle : un simple miroir. Derrière la lentille : un dispositif pour des projections en couleurs. Une boîte violette rectangulaire accompagnait l'appareil. Elle contenait, d'une part, quelques images sur verre et, d'autre part, un bout de film sépia (35 mm). Il mesurait à peu près trois mètres et il avait été collé pour former une boucle qui tournait sans fin. Il était indiqué sur le couvercle que le film s'appelait "Frau Holle". Qui était cette "Frau Holle", personne ne le savait, mais il s'avéra plus tard qu'elle était un équivalent populaire de la déesse de l'amour dans les pays méditerranéens.
Le lendemain matin, je me retirai dans l'immense penderie attenante à la chambre des enfants, je posai l'appareil sur une caisse, j'allumai la lampe à pétrole et je dirigeai le faisceau de lumière sur le mur peint en blanc. Puis, je chargeai le film.
L'image d'un pré apparut sur le mur. Sur ce pré, une jeune femme dormait dans une robe apparemment folklorique. Quand je tournai la manivelle (il m'est impossible d'expliquer ça, je ne trouve pas de mots pour décrire mon excitation, mais je peux, à n'importe quel moment, me rappeler l'odeur du métal chaud, de l'antimite et de la poussière dans la penderie, la manivelle dans ma main et ce rectangle qui tremblotait sur le mur).
Je tournais la manivelle, la fille se réveillait, elle s'asseyait, elle se levait lentement, elle étendait les bras, elle se retournait et disparaissait à droite. Si je continuais à tourner la manivelle, le fille était de nouveau couchée, elle se réveillait et elle refaisait exactement les mêmes gestes.
Elle bougeait."
(Ingmar Bergman, Laterna magica, p.26-27)
"Le cinéma en tant que rêve, le cinéma en tant que musique. Aucun art ne traverse, comme le cinéma, directement notre conscience diurne pour toucher à nos sentiments, au fond de la chambre crépusculaire de notre âme. Une petite misère de notre nerf optique, un choc, vingt-quatre images lumineuses par seconde, entre ces images, le noir, mais notre nerf optique n'enregistre pas le noir. Lorsque je suis à la table de montage et que je passe le film, image après image, je ressens encore la vertigineuse magie de mon enfance : je suis dans la penderie, je tourne lentement la manivelle, l'une après l'autre, je fais passer les images, j'enregistre en moi-même les imperceptibles changements, je tourne plus vite la manivelle et voilà un geste. Qu'elles se taisent ou qu'elles parlent, ces ombres s'adressent directement à la chambre qui est en moi la plus secrète. L'odeur du métal chaud, l'image qui vacille, qui scintille, le cliquetis de la croix de Malte, la manivelle dans ma main." (ibidem, p.91-92)
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)
