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Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (préparation du commentaire)

L'auteur : 

Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières, à la fois romancier, dramaturge, conteur, essayiste, dialoguiste, critique d'art, critique littéraire et traducteur.

L'oeuvre : 

Le Supplément au Voyage de Bougainville, ou Dialogue entre A et B sur l'inconvénient d'attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n'en comportent pas, est un conte philosophique de Denis Diderot écrit en 1772. Il paraît pour la première fois en volume en 1796 — à titre posthume, donc — dans un recueil d'opuscules philosophiques et littéraires, la plupart posthumes ou inédits. Le texte se présente comme une suite au Voyage autour du monde de Louis-Antoine de Bougainville, publié en 1769. 

Le thème du passage :

Dans cet extrait de la deuxième partie du Supplément au Voyage de Bougainville, Diderot imagine le discours qu'un vieillard tahitien adresse à Bougainville et à son équipage au moment où ceux-ci s'apprêtent à quitter Tahiti. Loin d'être triste de les voir partir comme les autres Tahitiens, le vieil homme craint qu'ils ne reviennent un jour pour coloniser l'île.

Le genre du texte :

Il s'agit d'un conte philosophique

Le conte philosophique, genre littéraire né au XVIIIe siècle, est une histoire fictive, critique de la société et du pouvoir en place pour transmettre des idées, concepts à portée philosophique : mœurs de la noblesse, régimes politiques, fanatisme religieux ou encore certains courants philosophiques. Il reprend la construction du conte et utilise certaines de ses formulations comme "il était une fois", dans le but de se soustraire à la censure qui sévit à cette époque. Il appartient, comme lui, au genre de l'apologue, court récit allégorique et argumentatif dont on tire une morale, et qui regroupe aussi, entre autres, la fable et l'utopie. Voltaire est le principal représentant de ce genre, Candide, Micromégas et Zadig étant ses œuvres les plus représentatives.

Plan du texte :

1. Depuis "pleurez malheureux tahitiens !" jusqu'à "Qu'ils s'éloignent et qu'ils vivent" : Les Français reviendront !

2. Depuis "Puis s'adressant à Bougainville" jusqu'à "teintes de votre sang" :  les Français ont corrompu les Tahitiens.

3. Depuis : "Nous sommes libres" jusqu'à "quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ?" : Tahiti n'appartient pas aux Français.

4. Depuis : "Tu es venu jusqu'à "notre image en toi" : Les Français rendent le mal pour le bien.

5. Depuis : "Laisse-nous nos moeurs" jusqu'à "inutiles lumières" : les Tahitiens n'ont pas besoin des Français.

Les registres : 

Lyrique :

"Pleurez malheureux tahitiens ! Pleurez ; mais que ce soitde l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un jour vous les connaîtrez mieux." (l.1-2)

Pathétique : 

"Mais je me console ; je touche à la fin de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai point." (l.6-7)

Prophétique :

"Un jour, vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi malheureux qu'eux." (l.5-6)

Argumentatif :

"Ce pays est à toi ! Et pourquoi ? Parce que tu y ase mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un vos arbres : ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ?

Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? Avons-nous pillé ton vaisseau ? T'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? T'avons-nous associé aux flèches de nos ennemis ?" (l.28-30)

Polémique : 

"Nous sommes libres et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage" (l.17-18)

Registre de l'invective (insulte) :

"Et toi, chef des brigands qui t'obéissent..." (l.10)

Epidictique :

Dans la rhétorique antique, le genre épicdictique est le genre de l'éloge ou du blême. Il permet de vanter les mérites ou au contraire de déplorer les défauts et les vices d'une personne.

"Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencéà se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles et elles sous sont revenues teintes de votre sang." (l.14-18)

La situation d'énonciation :

Un vieux Tahitien s'adresse à ses compatriotes, puis à Bougainville et à son équipage au moment où ceux-ci s'apprêtent à quitter Tahiti. Il met en garde ses compatriotes contre l'ambition et la méchanceté des occidentaux et annonce qu'ils reviendront pour coloniser leur terre. Il suggère qu'il y aurait bien un moyen d'éviter ce malheur (tuer Bougainville et son équipage), mais renonce à leur donner ce conseil. Il s'adresse ensuite à Bougainville pour lui demander de partir rapidement. Il évoque les conséquences désastreuses  de sa présence sur l'île : la fin de l'innocence et du bonheur, l'acquisition du sens de la propriété, la haine, la jalousie... Il leur reproche de vouloir réduire en esclavage un peuple libre. Il leur demande de quel droit ils veulent s'emparer de leur terre.  Il leur rappelle que les Tahitiens les ont bien traités. Il leur demande de les laisser en paix.

Les champs lexicaux : 

La violence : "enchaîner", "égorger", "assujétir", "servir", "sang", "se haïr", "se jeter sur", "piller", "saisir", "exposer", "flèches", "ennemis", 

Le vice : "ambitieux", "méchants", "extravagances", "vices", "corrompus", "brigands"

La vertu : "innocents", "heureux", "frère", "nature", "sages", "honnêtes"

La passion : "allumer", "fureurs", "folles", féroces", "haïr", 

L'esclavage : "esclavage", "esclaves", "asservir", "liberté", "s'emparer"

Le malheur : "malheureux", "calamité", "funeste", "mourir"

La propriété : "tien", "mien", "communes", "partagé", "privilège", "à nous" "à toi", "appartient", "sur lui", "sur toi"

Les figures de style : 

Antithèses :

"mais que ce soit de l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants"

"Nous sommes libres et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage."

"Tu n'es ni un dieu ni un démon"

"Tu n'es pas esclave (...) et tu veux nous asservir"

"Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien es ton frère.

"Quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait sur toi ?"

"Nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières"

"laisse nous nos moeurs ; elles sont plus sages et honnêtes que les tiennes"

Anaphores :

"Un jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront(...) Un jour vous servirez sous eux..."

Enumérations : 

"Vous enchaîner, vous égorger, ou vous assujétir..."

"aussi corrompus, aussi malheureux qu'eux..."

"Nous sommes innocents, nous sommes heureux..."

Apostrophes :

"Ô Tahitiens ! Ô mes amis !"

Chiasmes :

"Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs."

"le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci, dans une main et le fer qui pend au côté de celui-là, dans l'autre."

Figures syntaxiques :

Asyndète (absence de coordination et/ou de subordination) :

"Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs."

Interrogations rhétoriques : 

"Quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait sur toi ?", "Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? Avons-nous pillé ton vaisseau ? T'avons-nous saisi et exposé aux flèches denos ennemis ? T'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ?"

Les temps et les modes et leurs valeurs d'aspect :

Présents de l'impératif : "pleurez", "écarte promptement ton vaisseau de notre rive", "dis-nous à tous", "laisse-nous nos moeurs", 

Subjonctif : "que ce soit", "qu'ils s'éloignent" (valeur impérative), "qu'ils vivent" (valeur impérative), "et qu'il gravât sur une de vos pierres", "qu'il n'ait sur toi"

Futur de l'indicatif : "vous les connaîtrez mieux", "ils reviendront", "vous servirez", "je ne la verrai point"

Présents de l'indicatif : "le morceau de bois que vous voyez", "et le fer qui pend"; "je me console", "je touche à ma fin", "la calamité que je vous annonce", "chef des brigands qui t'obéissent", "nous sommes innocents", "nous sommes heureux", "tu ne peux que nuire à notre bonheur", "nous suivons le pur instinct de la nature", "ici tout est à nous", "nos filles, nos femmes nous sont communes", "nous sommes libres", "tu n'es ni un dieu ni un démon", "qui es-tu donc pour faire des esclaves ?" "Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là", "ce pays est à nous", "Ce pays est à toi !", "ce pays appartient aux habitants de Tahiti", "Tu n'es pas esclave", "tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ?", "Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien es ton frère", "Vous êtes deux enfants de la nature", "quel droit as-tu sur lui", "elles sont plus sages et honnêtes que les tiennes", "nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières", "et tu veux nous asservir !"

Passé composé : "tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère", "et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien", "tu as partagé ce privilège avec nous", "et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues", "elles sont devenues folles dans tes bras", "tu es devenu féronce entre les leurs", "Elles ont commencé à se haïr", "vous vous êtes égorgés pour elles", "et elles nous sont revenues teintes de votre sang", "et volià que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage", "comme tu me l'as dit à moi", "ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal", "Parce que tu y as mis le pied", "tu es venu", "nous sommes-nous jetés sur ta personne ?, "Avons-nous pillé ton vaisseau ?", "T'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? "T'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ?", "Nous avons respecté notre image en toi"

Imparfait : "si un Tahitien débarquait un jour sur  vos côtes"

Présent du conditionnel : "vous auriez un moyen d'échapper à un funeste avenir", "et j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le conseil", "qu'en penserais-tu ?", "tu souffrirais la mort plutôt que de l'être"

Passé simple : "il ajouta"

Connecteurs :

"mais"... "et non", "un jour", "un jour", "un jour", "Mais", "et", "mais", "Puis", "Et (toi)", "et", "et", "Ici", "et", "et", "et", "et", "sur", "et"

Les types de phrases :

Le texte comporte un grand nombre de phrases interrogatives et exclamatives (ponctuation expressive)

Modalisateurs : 

"ambitieux", "méchants", "extravagances", "vices", "corrompus", "malheureux", "se consoler", "calamité", "funeste (avenir), "brigands", "innocents", "heureux", "nuire", "bonheur", "pur" (instinct), "je ne sais quelle", "fureurs" (inconnues), "folles", "féroce", "se haïr", "esclavage", "dieu", "démon", "brute", "frère", "enfants", "respecté", "sages", "honnêtes", "ignorance", "lumières"

Problématique :

Comment le vieux Tahitien, porte-parole de Diderot, dénonce-t-il la présence des Français à Tahiti ? 

Axes d'étude :

I. La mise en garde du vieux Tahitien

1) Pleurez, malheureux Tahitiens

2) Ils reviendront

II. Le blâme adressé aux Européens

1) Leur influence corruptrice

2) leur ingratitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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