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Article de Marivaux extrait du Spectateur Français - Le blog de Robin Guilloux
Marivaux (né Pierre Carlet) est un écrivain français, baptisé à Paris le 8 février 1688 et mort à Paris le 12 février 1763. Surtout connu pour son théâtre et attaché aux Comédiens itali...
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L'œuvre et l'auteur :
Ce texte de Marivaux est extrait du journal Le Spectateur français. Marivaux (né Pierre Carlet) est un écrivain français, baptisé à Paris le 8 février 1688 et mort à Paris le 12 février 1763. Surtout connu pour son théâtre et attaché aux Comédiens italiens, Marivaux fut aussi romancier et journaliste, toujours spectateur solitaire d'une société en pleine transformation. Il est élu à l'Académie française en 1742. Au 1er septembre 2009, il est le cinquième auteur le plus joué par la Comédie-Française.
Parallèlement, il expose ses réflexions dans des journaux dont il est l’unique rédacteur, à la fois conteur, moraliste et philosophe : Le Spectateur françois (25 livraisons entre 1721-1724), inspiré du Spectator anglais, L’Indigent Philosophe (1727) et Le Cabinet du philosophe (1734).
Il y décrit la société cloisonnée et hiérarchisée de son temps, avec humour les travers de ses contemporains, développe ses conceptions esthétiques, défend son goût pour une écriture spontanée et son droit de rire des hommes en général "et de moi-même que je vois dans les autres." (d'après l'encyclopédie en ligne wikipedia)
Le thème du passage :
Marivaux fait la satire des hommes graves qui distinguent entre les ouvrages sérieux (lourds, volumineux, philosophiques, sans esprit) et les ouvrages sans intérêt (légers, amusants) que sont les articles de journal, qu'ils critiquent sans les avoir lus.
Le genre du texte :
Le texte est un article de journal.
Plan du texte :
Le texte comporte quatre parties :
1. La situation d'énonciation : depuis "Je m'amusais un jour jusqu'à "et le voilà".
2. L'avis du lecteur sérieux sur les journaux. Depuis "L'avez-vous lu ce Spectateur ? lui dit le libraire jusqu'à "Je ne suis point curieux d'originalités puériles".
3. L'avis de l'auteur narrateur (traduisant la pensée du lecteur sérieux). sur les lectures sérieuses et celles qui ne le sont pas. Première intervention. Depuis "En effet, je suis du sentiment de monsieur" jusqu'à "N'est-ce pas là votre pensée ?"
4. L'avis de l'auteur-narrateur. Le Traité de morale. Deuxième intervention de l'auteur-narrateur. Depuis : "Ce discours surprit un peu mon homme" jusqu'à "et la vaste sécheresse d'un gros livre fait justement son affaire."
5. Réaction mitigée du lecteur sérieux. Depuis "Chacun son goût..." jusqu'à la fin.
Les registres :
Le registre polémique (ou satirique), du grec polémos qui signifie guerre en grec se caractérise par une modalisation péjorative. C'est le ton du pamphlet, de la satire, dont l'arme est essentielle est l'ironie.
L'ironie est une arme essentielle de la stratégie argumentative parce qu'elle place le lecteur dans une relation de complicité et qu'elle le contraint à faire la moitié du chemin dans l'adhésion à la thèse (ici : les journaux sont souvent plus intéressants, plus agréables à lire, que les gros livres). L'antithèse se dissimule derrière une formulation inverse et le lecteur doit être sensible aux indices qui le lui signalent :
- une logique absurde
- L'exagération caricaturale et grotesque
- L'antiphrase : C'est le procédé essentiel. Il s'agit de juger un phénomène à l'inverse de ce que l'on attendait. Par exemple : "Pure bagatelle que des feuilles ! La raison, le bon sens et la finesse peuvent-ils se trouver dans un papier..." l'ironie consiste à dire le contraire de ce que l'on pense, tout en faisant comprendre que l'on ne pense pas ce que l'on dit (l'ironie se distingue du mensonge).
La situation d'énonciation :
Le texte se présente sous forme d'un dialogue qui se déroule dans une librairie. Il campe trois personnages : le libraire, un client (l'homme sérieux qui n'apprécie pas les journaux) et Marivaux lui-même qui fait semblant d'abonder dans le sens de l'homme sérieux. Le texte s'apparente à une scène de théâtre.
Les types de texte :
Description : "il y vint un homme âgé qui, à la mine, me parut un homme d'esprit grave" - "Chacun son goût et je vois bien que vous n'êtes pas du mien" me dit alors le personnage qui se retira mécontent et décontenancé"
Dialogue, paroles rapportées. L'utilisation du dialogue apporte au texte un aspect vivant et amusant, comme pris sur le vif.
Les champs lexicaux :
Le sérieux : "un homme d'esprit grave", "du bon", du raisonnable", de l'instructif"
La futilité : "Fi", ces feuilles-là", "fadaises", petits ouvrages de jeunes gens", "vivacités d'écolier", "saillies plus étourdies que brillantes", mauvaises contorsions de leur esprit", "originalités puériles", "bagatelles", "feuille volante", "colifichet".
La dignité : "raisonnable", "dignité", "travestir", "sérieux (aussi sérieux que moi"), "respectables", "pesanteur", "graves" (raisons graves) - "flegme" - "homme sensé" - "raisonnable (ce n'est pas là de quoi l'homme raisonnable doit être avide"
L'ennui : "ennuyeuse", "ennui", "froide", "sérieuse", "sans art", "sécheresse"
Le plaisir : "plaisir" - "agréablement"
Les figures de style :
Enumérations : "du bon, du raisonnable", "de l'instructif", des façons de penser légères, délicates et cavalières. "La raison, le bon sens, la finesse peuvent-ils se trouver dans un papier ?",
Oxymore : "originalités puériles"
Métaphores : "Ne faut-il pas un vaste terrain pour les contenir ?" - "jugez de quel poids peuvent être des idées enfermées dans une feuille d'impression que vous allez soulever d'un souffle". Les feuilles de journaux sont comparées à des feuilles d'arbre qu'un souffle de vent emporte. "Il se nourrit d'éléments spirituels dont le goût n'appartient qu'aux raisons graves"
Concession (figure rhétorique) : Et quand même elles seraient raisonnables ces idées, est-il de la dignité d'un personnage de cinquante ans, par exemple, de lire une feuille volante, un colifichet ?
Jurons : "Fi !", "Malepeste" Les jurons donnent de la familiarité et de la vivacité au dialogue.
Antithèses : "chicaner/faire grâce", "se fâcher ou se taire"
Syllepses de sens : C'est le fait de prendre un mot à la fois au sens propre et au sens figuré. Ce procédé renforce l'effet comique du texte. L'auteur confond à dessein, dans une intention humoristiques le contenu et le contenant : plus un volume est gros, plus il est lourd et plus son contenu est sérieux.
A contrario, les feuilles de journaux sont comparées à des feuilles d'arbre qu'un souffle de vent emporte : "Jugez de quel poids peuvent être des idées enfermées dans une feuille d'impression que vous allez soulever d'un souffle !"
Mise en abîme : le texte est un article du journal Le spectateur français, 6ème feuille, paru le 27 avril 1722 dans lequel les protagonistes parlent des mérites comparés des feuilles de journaux et des gros livres.
Les niveaux de langue :
Courant/soutenu. Les jurons apportent une touche familière (langue parlée)
Les temps et les modes et les valeurs d'aspect des verbes :
Imparfaits : "je m'amusais l'autre jour dans la boutique d'un libraire, à regarder des livres"
Passés simple : "il y vint un homme âgé", "il demanda au libraire", "mon homme mit la main", "reprit le libraire", "répondit-il", "je ne lui donnai pas le temps de se déterminer",
Alternance imparfait/passé simple : là-dessus, mon homme mit la main sur un gros livre dont la reliure était neuve, et lui dit...", "Ce discours surprit un peu mon homme", "Monsieur lui dis-je encore en lui présentant un gros livre que je tenais", "me dit alors le personnage qui se retira mécontent et décontenancé"
Présents d'énonciation : "est-ce cela ?", "ce qu'il me faut n'est pas dans ces feuilles", "je suis du sentiment de monsieur, dis-je alors en me mêlant à la conversation", "il parle en homme sensé", "la raison, le bon sens et la finesse peuvent-ils se trouver dans un papier "?, "ne faut-il pas un vaste terrain pour les contenir ?", "jugez de quel poids peuvent être des idées renfermées dans une feuille d'impression que vous allez enlever d'un souffle", "Monsieur lui dis-je encore", "Je vous conseille pourtant de lui faire grâce en faveur de sa matière,
Présent de caractérisation : le volume n'est pas extrêmement gros", "c'est de la morale", "vous voyez bien que cela fait une lecture importante et digne du flegme d'un homme censé", "Chacun son goût en je vois que vous n'êtes pas du mien", "si ce n'est avec les miennes, qui peuvent ne pas les mériter".
Présents/subjonctifs présents : "que voulez-vous qu'on fasse de ces feuilles-là ?"
Présents d'habitude : "Le Spectateur ne paraît que par feuilles", "je ne lis que du bon, du raisonnable, de l'instructif".
Présents de vérité générale : "Cela ne peut être rempli que de fadaises", ce ne sont ordinairement que de petits ouvrages de jeunes gens qui ont des vivacités d'écolier, quelques saillies plus étourdies que brillantes, et qui ne prennent les mauvaises contorsions de leur esprit, pour des façons de penser légères, délicates et cavalières. Je ne suis pas curieux d'originalités puériles", "est-il de la dignité d'un personnage de cinquante ans, par exemple, de lire une feuille volante, un colifichet ?", "cela le travestit en petit jeune homme, et déshonore sa gravité, il déroge", "Non, à cet âge-là, tout savant, tout homme d'esprit ne doit avoir que des-folio, de gros tomes respectables par leur pesanteur, et qui, lorsqu'il les lit, le mettent en posture décente ; de sorte qu'à la vue du titre seul, et retournant chaque feuillet du gros livres...", "A notre âge, il est beau de soutenir l'ennui que peut donner une lecture naturellement froide, sérieuse, sans art, et scrupuleusement conservée dans son caractère", "Voilà une plaisante morale que celle qui instruit agréablement !", "tout le monde peut s'instruire à ce prix-là, ce n'est pas là de quoi l'homme raisonnable doit être avide ; ce n'est pas tant l'utile qu'il faut, que l'honneur d'agir en homme capable de se fatiguer pour chercher cet utile, et la vaste sécheresse d'un gros livre fait justement son affaire"
Valeur d'aspect : l'emploi du présent de vérité générale ou gnomique accentue le caractère ironique du texte : un homme sérieux, lit toujours des livres sérieux, les livres sérieux sont toujours de gros livres, des in-folio, des livres qui pèsent lourd.
Passés composés : "l'avez-vous lu". Le présent d'énonciation et le passé composé ancre la dialogue dans la situation d'énonciation.
Futurs : "Un bon esprit s'avisera-t-il jamais de penser et d'écrire autrement qu'en gros volumes. Le futur équivaut à un présent de vérité générale (gnomique), "peut-être même la trouverez-vous ennuyeuse", "et que peut-être notre conversation réconciliera dans la suite avec les brochures", "ce sera du moins avec celles des autres"
Présents du conditionnel : "Et quand même elles seraient raisonnables ces idées", "Si l'on avait (imparfait) du plaisir à le lire, cela gâterait tout"
Connecteurs temporels, spatiaux, logiques et argumentatifs :
"l'autre jour", "y" (dans la librairie"), "là-dessus", "en effet", "Et quand bien même", "Là-dessus", "encore", "mais", "si" ("si l'on avait du plaisir à le lire"), "dans la suite".
On remarquera que le texte comporte le petit nombre de connecteurs argumentatifs. Le texte est destiné moins à convaincre en avançant des arguments qu'à persuader. Il se présente comme une suite de remarques essentiellement destinés à faire sourire et non à démontrer une thèse. Le procédé dominant est l'asyndète (absence de mots de liaison entre les phrases).
Les types de phrases :
Phrases déclaratives : "Je m'amusais l'autre jour à regarder des livres"
Phrases interrogatives : "Est-ce cela ?", "Que voulez-vous qu'on fasse de ces feuilles-là ?", "L'avez-vous lu ce Spectateur ?", "Jugez de quel poids peuvent être des idées enfermées dans une feuille volante, un colifichet ? "Eh bien, monsieur, qu'en dites-vous ? N'est-ce pas votre pensée ?"
Interrogations oratoires : "La raison, le bon sens et la finesse peuvent-ils se trouver dans un papier ?", Ne faut-il pas un vaste terrain pour les contenir ?" "Un bon esprit s'avisera-t-il jamais de penser et d'écrire autrement qu'en gros volumes ?
Phrases exclamatives : "Fi !", "Moi le lire !", "Pures bagatelles que des feuilles", "Jugez de quel poids peuvent être des idées enfermées dans une feuille d'impression que vous allez soulever d'un souffle", "Malepeste", "et tant mieux !", "ce n'est pas tant l'utile qu'il faut, que l'honneur d'agir en homme capable de se fatiguer pour chercher cet utile, et la vaste sécheresse d'un gros livre fait justement son affaire !"
La modélisation :
En linguistique, un modalisateur est un moyen par lequel le locuteur manifeste la manière dont il envisage son propre énoncé. Il exprime l'opinion, l'avis subjectif du locuteur, un jugement de valeur positif ou négatif. Exemple : Moi, le lire ! répondit-il : non, je ne lis que du bon, du raisonnable, de l'instructif, et ce qu'il me faut n'est pas dans ces feuilles. Ce ne sont ordinairement que de petits ouvrages de jeunes gens qui ont des vivacités d'écolier, quelques saillies plus étourdies que brillantes, et qui ne prennent les mauvaises contorsions de leur esprit, pour des façons de penser légères, délicates et cavalières."
La modalisation est au service du comique du texte. L'auteur-narrateur défend le point de vue du "client sérieux" sans pour autant le partager, en accentuant son pédantisme de manière à rendre ridicules ses idées et son caractère.
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