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Louis Lavelle, La notion de personne - Le blog de Robin Guilloux
L'auteur : Louis Lavelle, né le 15 juillet 1883 à Saint-Martin-de-Villeréal (Lot-et-Garonne) et mort le 1er septembre 1951 à Parranquet (Lot-et-Garonne), est un philosophe français et l'un des...
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La notion de personne fait débat en philosophie. Deux courants philosophiques en nient l'existence : le matérialisme associé au déterminisme et le panthéisme.
Le matérialisme est un système philosophique qui soutient non seulement que toute chose est composée de matière mais que, fondamentalement, tout phénomène résulte d'interactions matérielles.
Le déterminisme est une notion philosophique selon laquelle chaque événement, en vertu du principe de causalité, est déterminé par les événements passés conformément aux lois de la nature.
L'être humain dans la doctrine matérialiste, alliée au déterminisme n'est rien de plus que le produit des influences qui agissent sur lui : dans la perspective matérialiste, le monde est une collection d'objets et je ne suis qu'un objet parmi d'autres.
En considérant que la conscience n'est rien d'autre qu'une production du cerveau avec lequel elle se confond, matérialisme et déterminisme nient la nature spirituelle de la conscience, ainsi que la liberté humaine.
Pour le panthéisme, Dieu se confond avec la nature. Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle "Dieu est tout". Elle se distingue du monothéisme en considérant que Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde, mais qu'il est l'intégralité du monde ; il s'agit d'une conception "immanente" de Dieu, par opposition au principe de transcendance du Dieu créateur monothéiste.
Les principaux représentants de cette doctrine sont les stoïciens de l'antiquité grecque et romaine ; le plus célèbre est Spinoza qui a vécu au XVIIème siècle. Les individus sont les modes (modi) finis de la substance éternelle et infinie et les modes sont soumis à la nécessité (au déterminisme) des lois de la nature.
Il y a une Loi qui domine le tout dont les individus sont les expressions particulières. Selon Louis Lavelle, "cette loi ne laisse à aucun d'eux une indépendance et une initiative propres qui lui permettent de prétendre au rang de personne".
Lavelle souligne donc deux dimensions de la personne : l'indépendance et l'initiative.
Pour Lavelle, la personne se caractérise par une relative indépendance par rapport aux lois de la nature et par une capacité d'initiative, ce que nient le matérialisme allié au déterminisme et le panthéisme.
Selon Lavelle, les conditions qui constituent la personne sont l'intériorité et la subjectivité, autrement dit le fait d'être un sujet et d'exister en tant que sujet et non en tant qu'objet.
Pourtant, selon lui, la personne ne réside pas dans la vie intérieure qui nous est donnée par l'introspection, c'est-à-dire par la saisie passive de nos états d'âme : "La personne ne réside pas dans ce monde invisible dont l'introspection se complait à saisir les nuances".
Certes la subjectivité, le fait d'exister en tant que sujet est une condition nécessaire de la personne, mais ce n'est pas une condition suffisante.
Le monde invisible de la vie intérieure est un pur objet de contemplation, un rêve dont nous sommes absents.
La personne ne se caractérise pas ou pas seulement par la contemplation et l'imagination, mais par l'activité qui permet au moi de se faire lui-même.
La personne se confond avec l'être spirituel, mais l'être spirituel n'est jamais simplement donné. Lavelle insiste donc sur le caractère actif de la personne. La personne est active, créatrice, elle se crée elle-même comme un artiste sculpte une statue, plutôt qu'elle ne se contemple : "la personne est toujours une création permanente de soi."
La différence entre l'artiste, le sculpteur et le sujet occupé à donner forme à la personne, c'est que sa création est extérieure à l'artiste, alors que la création du sujet ne fait qu'un avec lui-même.
Lorsque nous travaillons à augmenter, à enrichir notre personne, à en faire une "œuvre d'art", créateur et création sont identiques.
Comme le dit Emmanuel Mounier, la personne est une activité vécue d'auto-création, de communication et d'adhésion, qui se saisit et se connaît dans son acte, comme mouvement de personnalisation.
Lavelle rappelle ensuite l'étymologie du mot "personne" ; le mot "personne" vient du mot latin "persona" qui renvoie au masque que le comédien ou le tragédien posent sur leur visage pour signifier le rôle qu'ils sont censés jouer dans une comédie ou une tragédie.
Le masque du tragédien ou du comédien ne renvoient pas à l'acteur, mais au rôle qu'il joue et que signifie le masque qu'il porte. Il y a donc une contradiction apparente entre la sincérité qui caractérise pour nous la personne véritable et la figure d'emprunt que désigne le masque.
Autrement dit, la "vraie" personne, la personne authentique, véritable ne réside pas dans le masque qu'elle porte, mais dans ce qu'elle est, dans son essence et non dans son apparence.
"Persona" qui signifie masque en latin se dit en grec "hupocritos" qui a donné le mot français "hypocrite". Un ou une hypocrite est quelqu'un qui s'avance masqué, qui ne montre pas son vrai visage, qui montre par exemple un visage sympathique et avenant qui ne correspond pas à ce qu'il est vraiment.
Louis Lavelle se demande comment s'est opérée cette transformation de sens de la notion de "persona", porteur de masque à la notion de "personne" qui suppose l'authenticité, la sincérité de la personne authentique.
Il explique que le masque tragique (ou comique) abolit les traits individuels de l'acteur pour fixer l'attention du public sur un être invisible qui n'est pas l'acteur, que l'acteur ne fait qu'incarner et sur sa destinée, par exemple Œdipe.
Le masque de théâtre dissimule l'accidentel, les traits du comédien ou du tragédien censé interpréter un rôle pour souligner la réalité du personnage dramatique, tragique ou comique qu'il est censé incarner.
Le masque de théâtre ne dissimule les traits de l'interprète, son apparence que pour mieux témoigner de l'essentiel. L'acteur de théâtre est accidentel par rapport au personnage essentiel qu'il incarne ; un autre acteur pourrait aussi bien l'incarner.
Le mot "personnalité" dérive du mot "persona". La personnalité, encore aujourd'hui, remarque Lavelle, tend à effacer les caractères apparents de l'individu au profit du rôle public qu'il est appelé à tenir.
Acta est fabula ou plus probablement Acta fabula est une locution latine qui signifie « la pièce est jouée ». Elle annonçait, dans les théâtres romains antiques, la fin de la représentation et le moment pour le public de se retirer.
Sur son lit de mort, l'Empereur romain Auguste, se sentant proche de la fin, demanda un miroir, se fit peigner les cheveux et raser la barbe. Après quoi, il aurait dit : "N'ai-je pas bien joué mon rôle ? (...) Oui, lui répondit-on (...) Applaudissez, dit-il, la pièce est jouée ! (Plaudite, acta est fabula !)"
L'empereur Auguste faisait la différence entre sa personne et son personnage, son rôle d'empereur, le rôle public qu'il avait été appelé à tenir, qui lui conférait des obligations et qui devait être constamment soutenu par sa volonté et sa personne avec laquel son rôle ne se confondait pas.
Selon Lavelle je deviens moi-même une personne lorsque je commence à reconnaître le rôle que j'ai à remplir dans l'univers. Mais le rôle le plus sérieux et le plus grave est celui qui consiste à réaliser mon être même et non pas à occuper une fonction.
Pour réaliser ma personne, je dois abolir la distinction entre l'individu et le personnage, c'est-à-dire non pas chercher à correspondre à ma fonction, à mon personnage, mais à devenir moi-même.
L'homme qui incarne une fonction, qui se confond avec le personnage qu'il est amené à incarner, le garçon de café pour reprendre l'exemple donné par Jean-Paul Sartre, n'est pas un individu authentique. En s'identifiant à son personnage social, Il lui aliène sa personne.
Il ne travaille pas à augmenter sa personne, mais à occuper une fonction, à mimer les gestes d'une essence qui lui est extérieure. Il est véritablement la fonction qu'il incarne et cette absence de différence entre sa personne et sa fonction n'en fait pas une vraie personne, un individu authentique, à part entière.
Mais celui qui travaille à augmenter sa personne se soucie peu de ce que les autres pensent de lui. Il ne cherche qu'à être toujours davantage lui-même.
Louis Lavelle ne nous incite donc pas à nous contenter de remplir un rôle social, mais à devenir des personnes, à découvrir le rôle que nous devons remplir dans l'univers et pas seulement dans la société, à devenir activement ce que nous sommes appelés à être.
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