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Louis Lavelle, La notion de personne
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Louis Lavelle, La notion de personne

L'auteur :

Louis Lavelle, né le 15 juillet 1883 à Saint-Martin-de-Villeréal (Lot-et-Garonne) et mort le 1er septembre 1951 à Parranquet (Lot-et-Garonne), est un philosophe français et l'un des métaphysiciens français majeurs du XXe siècle. Représentant de la philosophie de l'esprit, sa philosophie est un spiritualisme existentiel. Il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1947.

Les puissances du moi : 

Les puissances du moipar Louis Lavelle (membre de l'Institut, professeur au Collège de France), Flammarion, Paris, 1948.
"Bibliothèque de Philosophie scientifique" dirigée par Paul Gaultier (de l'Institut) 280 pp.

Livre I. La puissance de connaître - Livre II. La puissance de sentir - Livre III. La puissance de se faire - Livre IV. La puissance de tout spiritualiser

Le texte : 

"Les philosophies s'opposent les unes aux autres par le rôle différent qu'elles attribuent à la personne. Le matérialisme s'associe au déterminisme pour la nier, car, comme on l'a vu, l'être n'est rien de plus dans cette doctrine que le carrefour des influences qui agissent sur lui : le monde est une réunion d'objets et je suis un objet parmi les objets.

Dans un sens un peu différent, le panthéisme, en soutenant qu'il y a une loi qui domine le Tout et dont tous les individus sont les expressions particulières, ne laisse à aucun d'eux une indépendance et une initiative propres qui lui permettent de prétendre au rang de personne.

Quelles ont donc les conditions qui font la personne ? Il ne peut y avoir personne là où il n'y a pas intériorité, subjectivité et secret de l'être avec lui-même. Mais la personne ne réside pas pourtant dans ce monde invisible dont l'introspection se complait quelquefois à saisir les nuances les plus délicates. Un tel monde peut être pour nous un spectacle pur, une suite d'images qui se déroulent devant nous, un pur objet de contemplation, un rêve dont nous sommes absents.

Il n'y a personne que là où il y a une activité qui permet au moi de se faire lui-même, avec les éléments qu'il trouve déjà en lui, mais par une opération qui ne dépend que de lui. La personne ne fait qu'un avec l'être spirituel : or celui-ci n'est jamais donné, il se construit, il se choisit. Et la personne est toujours une création permanente de soi (...)

(...) Le mot personne vient du mot persona qui veut dire masque. Or il semble qu'il existe une contradiction entre cette sincérité authentique qui caractérise pour nous la personne véritable et la figure d'emprunt que le mot masque désigne. 

Pourtant on conçoit comment cette transformation de sens a pu se produire. Le masque tragique était la marque du rôle joué par l'acteur dont il abolissait les traits individuels afin de fixer l'attention du public sur l'être invisible dont la destinée allait lui être représentée.

Dans l'optique du théâtre il ne dissimulait que l'accidentel, c'est-à-dire l'interprète, pour témoigner de l'essentiel, c'est-à-dire de la réalité même du personnage dramatique. Or nous sentons bien que, pour nous encore aujourd'hui, le mot personnalité, dans son acception la plus populaire, tend à effacer aussi les caractères apparents de l'individu au profit d'un rôle public qu'il est appelé à tenir, qui lui confère des obligations et qui doit être constamment soutenu par sa volonté.

Dans une acception plus profonde, je deviens moi-même une personne lorsque je commence à reconnaître le rôle que j'ai à remplir dans l'univers. Mais le rôle le plus sérieux et le plus grave que je puisse concevoir est celui qui consiste à réaliser mon être même, c'est-à-dire à abolir en moi toute distinction entre l'individu et le personnage."

Louis Lavelle, Les puissances du moi, Flammarion, 1948, pp. 165-166

Questions sur le texte : 

1. En quoi le matérialisme associé au déterminisme d'une part et le panthéisme, d'autre part nient-ils l'existence de la notion de "personne" ?

2. Quelles sont les conditions qui font la personne ?

3. En quoi la personne est-elle moins une spectacle saisi par l'introspection qu'une "création permanente de soi" ?

4. En quoi l'étymologie du mot "personne" (persona) enveloppe-t-elle une contradiction ?

5. En quoi consiste cette contradiction ?

6. Comment, selon Louis Lavelle, cette transformation de sens a-t-elle pu se produire ?

7. Quelles est le sens du mot "personnalité" ?

8. En quoi consiste le fait de devenir une personne ?

 

 

 

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