Le Point.fr - Publié le 07/03/2011 à 11:02 - Modifié le 07/03/2011 à 11:21
Le gendre et le beau-frère de l'ex-président Ben Ali se sont emparés de trois terrains classés au patrimoine mondial de l'Humanité.
Classé au Patrimoine mondial de l'Humanité, le site de Carthage est inconstructrible... sauf pour la famille de Ben Ali
De notre envoyé spéciale à Carthage, Ian Hamel
Non loin des citernes romaines, construites sous l'empereur Hadrien pour alimenter Carthage en eau, un panneau planté sur le bord de la route annonce le chantier des "Résidences de Carthage", un ensemble de haut standing composé de villas individuelles et de petits immeubles. Pourtant, avec ses monuments, ses vestiges et ses trésors encore enfouis dans le sous-sol, le site de Carthage est inconstructible puisque classé depuis 1979 au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco !
Cela n'a pas empêché des proches de l'ancien président Ben Ali, plus précisément son gendre Sakhr el-Materi et son beau-frère Belhassen Trabelsi, de faire main basse sur 12,5 hectares entre septembre 2006 et avril 2007. Ils ont d'abord fait déclasser un terrain d'une superficie de 9 hectares, puis deux terrains de 2,5 et de 1 hectare. Le tout sans que le ministère de la Culture, les Domaines de l'État, l'Institut national du patrimoine ou la mairie de Carthage soient consultés. Sur ces 12,5 hectares, ils ont donc créé le lotissement "Les Résidences de Carthage", dont chaque mètre carré est vendu à prix d'or à la bourgeoisie tunisienne (1 380 euros le mètre carré).
Les travaux se poursuivent
"C'est inimaginable de s'en prendre ainsi à notre histoire, à notre patrimoine. Ben Ali n'a pas spolié uniquement les Tunisiens, mais tous les habitants de la planète", s'insurge Olfa Belhassine, journaliste à La Presse de Tunisie, qui a révélé ce scandale dans un reportage intitulé Le dossier secret d'un déclassement.
L'une des premières décisions du nouveau gouvernement tunisien, après la fuite du dictateur, a été de prendre un arrêté le 16 février 2011 afin de suspendre "la validité de tous les permis de bâtir relatifs aux terrains à caractère archéologique et historique dans le périmètre du site de Carthage-Sidi Bou Saïd". Mais en allant sur place, Le Point a pu constater que l'arrêté restait lettre morte et que les travaux de construction allaient toujours bon train aux Résidences de Carthage.
On peut également s'en rendre compte en consultant le site dédié. La publicité vante l'architecture puisée "dans le patrimoine méditerranéen et carthaginois" et "la micromosaïque d'inspiration romaine". Sur un site que le Centre du patrimoine mondial de l'Unesco s'apprêtait, en 2011, à classer sur la liste du patrimoine en péril...
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)
