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Le scandaleux démantèlement du regroupement de la caravane de la liberté à la quasbah.

 

Le peuple Tunisien a été spolié à deux reprises de moments de joie suite à la plus importante Révolution de notre nation : La première quand après la chute de Ben Ali le 14 Janvier, les nervis du RCD déchu ont semé la terreur empêchant l’éclosion de la liesse populaire, et la seconde fois, après la constitution d’un gouvernement transitoire bis, quand la police, en dépit de la nomination d’un nouveau ministre de l’intérieur, a chargé avec une brutalité pire que celle de l’ancien régime, contre les manifestants venus de l’intérieur, empêchant en cela une seconde occasion de se réjouir après une deuxième victoire obtenue à l’arraché, même si elle n’est pas complète, matérialisée par le départ des figures emblématiques de l’ancien régime.

 

Qui aurait garanti que cette deuxième victoire en demi teinte aurait pu être obtenue sans le sit-in des valeureux jeunes déterminés des régions marginalisées qui ont été piégés et pourchassés toute une soirée comme des criminels et tabassés dans les impasses du souk et les artères de la  ville de Tunis par une police qui a eu recours aux  sempiternels faux alibis, et la théorie du complot.

 

Tout le monde s’accorde sur le fait que les reflexes séculaires de la répression policière perdurent et la  comédie de mea culpa pleurnicharde de la police  est irrecevable tant que les responsables des crimes et exactions ne seront pas jugés  et aucune réconciliation nationale ne pourra avoir lieu dans l’impunité avant que l’appareil sécuritaire ne soit expurgé de la police parallèle politique.

 

Le Gouvernement transitoire actuel a perdu une occasion de se crédibiliser et a entamé dès le départ un fragile capital confiance auprès de l’opinion publique en général et des jeunes contestataires des régions déshéritées en particulier et  dont la colère n’a fait que s’exacerber une fois retournés chez eux humiliés.

 

Le mépris des « gueux miséreux » des régions déshéritées de l’intérieur.

 

Je ne vois pas à quel titre on peut reprocher à ces jeunes d’être sourds aux arguments avancés ici et là selon lesquels le sit-in empêchait « le retour à la normale » et gênait les « pauvres » commerçants du souk  et plus loin au Sahel mettrait en danger les emplois d’un secteur  touristique menacé  vu qu’ ils n’ont, à part leur dignité, ni emplois à perdre ni acquis à sauvegarder.

 

Ayant  bien constaté qu’ils n’ont pas émargé aux progrès qu’a enregistré  le pays, en quoi voulez-vous qu’ils se sentent concernés par le blocage d’une économie dont les seuls bénéficiaires sont les nantis au Sahel et à Tunis ?

 

Ce qui nous a perdus, justement, depuis 23 ans c’est le chantage qui consiste à mettre en avant le choix binaire et exclusif entre « stabilité » et « liberté » , « normalité « et « chaos » et, à ce titre, je voudrais relater la réaction d’une jeune femme qui était accompagnée par sa fille lors de la première journée de rentrée scolaire compromise par une grève des enseignants du primaire qui bien que suivie par 90 à 100 % et représente un droit inaliénable exercé par les 60 000 enseignants, a fait l’objet d’une attaque en règle de toutes parts:

 

 « Bien sur que mon souhait le plus cher  est de voir ma fille intégrer l’école le  plus tôt, je suis solidaire des grévistes et suis prête à « faire sacrifier  à ma fille toute une année scolaire s’il le faut  pour qu’elle vive  la liberté dont je n’ai pas pu jouir moi-même. »

 

J’ai même entendu des affirmations de certains Tunisois qui s’interrogeaient  sur « l’entêtement de  ces énergumènes sales et mal léchés qui tardaient à retourner chez eux ! »

 

Tant qu’à faire, pourquoi ne pas demander (par référendum s’il le faut !)  qu’il y ait scission de la Tunisie en deux selon une bissectrice longitudinale (à l’instar de la scission dans le sens latéral du Soudan) en deux pays : le Sahel (qui squatte le pouvoir politique depuis plus de 60 ans et le grand Tunis (capitale représentant le levier économique de ce même pouvoir) et l’autre.

 

Les populations de la moitié ouest de la Tunisie du nord au sud qui n’ont pas délibérément fait le choix d’être marginalisées ont, n’en déplaise à certains qui ont affirmé qu’il faut cesser de faire du régionalisme en attribuant le soulèvement à Sidi Bouzid, Gafsa, Kasserine etc., été bien avant l’indépendance du pays le cœur et le bastion des innombrables soulèvements, non pour gratuitement se singulariser, mais parce qu’elles étaient les plus brimées d’où leur sens aigu et exacerbé de l’injustice sociale.

 

Les bourgeois et les nantis s’accommodent davantage de régimes autoritaires qui les sécurisent ainsi que  leurs biens, du fait de leur conception vénale de la société faisant que l’aisance matérielle prime sur les libertés, sauf une partie de la  jeunesse que la capacité d’indignation  prédispose à dépasser le clivage de classe par rapport aux miséreux qui sont spoliés sur les deux plans.

 

Pour preuve, les SMS que j’ai reçus d’appel à la reprise du travail lors de la contre manifestation d’appui au premier gouvernement d’unité nationale composé, entre autres, d’éléments du RCD, émanant de chefs d’Entreprises davantage aveuglément inquiets pour l’appareil de production que par la menace réelle sur les libertés que constituait le maintien du noyau de l’appareil répressif.

 

Aurait-on imaginé une seconde  l’immolation d’un Bouazizi « Tunisois de la Marsa «  devant le square 5 des Berges du Lac pour la raison qu’il n’a pu  s’offrir un pull Ralph Lauren  dont le prix dépasse 350 dinars !!!

 

La nécessaire décentralisation du pouvoir au profit des régions.

 

En  Tunisie, digne héritière de la conception napoléonienne de l’administration hyper centralisée, le recrutement du moindre ouvrier d’une administration locale requiert en plus des enquêtes policières de moralité (aptitude à la soumission) l’accord du Ministère concerné à Tunis.

 

Il ne faut rien espérer de constructif tant qu’une profonde réforme de la décentralisation du pouvoir vers les régions n’est pas opérée,

 

Si réellement le nouveau Gouvernement est de bonne foi et veut faire œuvre utile, les deux ministres de la planification et celui du développement régional  devraient décider, en plus du rééquilibrage du budget courant en faveur des régions de l’intérieur, de décider, pour donner un signal fort que les sommes détournées et qui seront récupérés un jour soient en priorité affectées aux  régions déshéritées.

 

Nul besoin d’un modèle savant ou d’un système expert pour ce faire, car  il suffit d’appliquer aux sommes ainsi recouvrées, un coefficient régional inversement proportionnel au niveau de développement.

 

S’agissant  d’un gouvernement transitoire qui n’a pas le temps de mettre en œuvre une politique de décentralisation et de développement régional, les actions qui peuvent être entreprises  sont d’ordre législatif  et  conceptuel.

 

A ce titre,  6 à 7 mois suffisent pour qu’une étude soit engagée d’ urgence par un organisme extérieur indépendant pour dégager les chiffres et indicateurs réels de développement - il est plus approprié de parler dans le cas d’espèce de sous-développement - longtemps maquillés et dénaturés par les mêmes ministères et une administration aux ordres,  qui sont en charge du secteur de l’Economie et auxquels aucune crédibilité ne doit être réservée, tous les référentiels du pays devant connaitre une profonde refonte.

 

Lejri Abderrazak-ingénieur informaticien

 

 

 

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