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Marc Chagall, Le violoniste bleu

 

 

« Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se pré-occuper de soi. »

 

La doctrine hassidique enseigne que l’on atteint la sagesse non en se détachant du monde, mais en s’en imprégnant profondément pour mieux le comprendre.

 

Rendant accessible une pensée profonde et complexe, Martin Buber pose ici les fondements de cette doctrine, apparue au milieu du XVIIIème siècle. Considéré par Hermann Hesse comme "un présent précieux" et inépuisable", Le Chemin de Dieu, cet opuscule d'une cinquantaine de pages d'une grande densité, décrit le parcours spirituel que chacun effectue vers les autres et vers Dieu, vers Dieu à travers les autres et insiste sur la sanctification de l'instant présent et de la mission que l'on doit accomplir ici et maintenant : "Il est une chose que l'on ne peut trouver qu'en un seul lieu du monde. C'est un grand trésor ; on peut le nommer l'accomplissement de l'existence et le lieu où se trouve ce trésor est le lieu où l'on se trouve."

 

S'acquitter de cette tâche, c'est laisser entrer Dieu dans le monde. Tel est l'enseignement de l'histoire d'Eisik, fils de Yékel de Cracovie :


Là où l'on se trouve (chapitre 6, page 49)

 

Rabbi Bounam avait coutume de raconter aux jeunes gens qui venaient chez lui pour la première fois l'histoire d'Eisik Ben Yékel de Cracovie.

 

Après de longues années de la pire misère, qui n'avaient cependant point entamé sa confiance en Dieu, celui-ci reçut en rêve l'ordre de se rendre à Prague pour chercher un trésor sous le pont qui mène au palais royal. Lorsque ce rêve se fut répété pour la troisième fois, Eisik se mit en route et gagna Prague à pied. Mais le pont était gardé jour et nuit par des sentinelles, et il n'osa pas creuser à l'endroit qu'il savait. Il revenait là chaque matin cependant, tournant autour jusqu'au soir.

 

Pour finir, le capitaine de la garde, qui avait remarqué son manège, s'approcha et s'informa non sans cordialité : avait-il perdu quelque chose ou bien attendait-il quelqu'un ? Eisik lui raconta le rêve qui l'avait amené jusque-là depuis son lointain pays, et le capitaine éclata de rire : "Et c'est pour complaire à un rêve, mon pauvre vieux, que tu as fait à pied, avec des semelles trouées, tout ce chemin ! Ah ! là ! là ! Si l'on devait se fier aux rêves, malheureux ! A ce compte là, j'aurais dû, moi aussi, me mettre en campagne après un rêve que j'ai fait et courir jusqu'à Cracovie chez un Juif, un certain Eisik fils de Yékel, pour chercher un trésor sous le fourneau ! Eisik fils de Yékel, tu parles ! Dans cette ville où la moitié des Juifs s'appellent Eisik, et l'autre moitié Yékel, je me vois entrant, une après l'autre, dans toutes les maisons et les mettant sans dessus dessous !"

 

Ayant dit, il s'exclaffa de nouveau. Eisik s'inclina, rentra chez lui et déterra le trésor avec lequel il bâtit la synagogue qui porte le nom de Schul de Reb Eisik fils de Reb Yékel.

 

"Souviens-toi bien de cette histoire, ajoutait alors Rabbi Bounam, et recueille le message qu'elle t'adresse : c'est qu'il est une chose au monde que tu ne peux trouver nulle part au monde ; mais il existe pourtant un lieu où tu peux la trouver."

 

Il s'agit là encore d'une histoire très ancienne que l'on trouve dans diverses littératures populaires, mais que la bouche hassidique raconte d'une manière véritablement nouvelle. Elle n'a pas simplement été transplantée extérieurement dans le monde juif : elle a été entièrement refondue par la mélodie hassidique dans laquelle elle a été racontée ; mais ce qui est réellement décisif, c'est qu'elle est devenue comme transparente et qu'à présent la lumière d'une vérité hassidique en émane. On ne lui pas surajouté une "morale" ; au contraire, le sage qui l'a racontée à nouveau en a enfin découvert et révélé le sens véritable.

 

Il est une chose que l'on  ne peut trouver qu'en un seul lieu au monde. C'est un grand trésor, on peut le nommer l'accomplissement de l'existence. Et le lieu où se trouve ce trésor est le lieu où l'on se trouve."

 

Le Chemin de l'homme se fonde sur une conférence donnée par l'auteur au congrès de Woodbrook, à Bentveld, au mois d'avril 1947

 

Israélien d'origine autrichienne, Martin Buber (1878-1965) est considéré comme l'initiateur de la philosophie juive moderne. Il consacra la plus grande partie de sa vie à recueillir et à traduire les récits, les légendes et les chroniques hassidiques.

 

Parmi ses principaux ouvrages : Je et Tu, Gog et Magog, Les contes de Rabbi Nachman... Aux Editions du Rocher : Les Récits hassidiques - La Légende de Baal-Shem.

 

Aux Editions Aubier-Montaigne :

 

Utopie et socialisme, 1977

Problème de l'homme, 1980

Je et Tu, 1981

 

Aux Editions Gallimard :

 

Judaïsme, 1966

Gog et Magog, chronique de l'époque napoléonienne, 1984

 

Aux Editions Lieu Commun :

 

Une terre et deux peuples, 1985

 

Aux Editions P.U.F. :

 

Oeuvres : De Regno Christi, 1955

Moïse, 1966

 

Aux Editions Stock :

 

Les Contes de Rabbi Nachman, 1981

Fragments autobiographiques, 1985

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