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"Un enfant, un aviateur, une rose, un renard, un mouton, un serpent... Parce qu'il a été considéré un peu vite comme un conte pour enfants, les critiques littéraires et les philosophes n'ont jamais pris la peine d'étudier en profondeur le texte de Saint-Exupéry. Pour la première fois, un philosophe se penche sur cette oeuvre si mince mais d'un si grand poids afin de la décrypter et de nous en transmettre les clés..."

"Pour aider à la compréhension du Petit Prince où s'exprime la métaphysique qui fonde la philosophie morale et politique de son auteur, je me suis efforcé, explique l'auteur, de mettre en évidence l'ordonnance de l'oeuvre de Saint-Exupéry et d'expliciter les grandes idées qui animent sa pensée. A la lumière de ce que m'ont appris un de ses meilleurs amis (Charles Sallès), un professeur qui l'a bien connu lors de son séjour aux Etats-Unis (Léon Wencelius) et sa plus jeune soeur (Gabrielle d'Agay), j'ai essayé de mettre au jour ce qui a sans doute été son intention, une hypothèse qui est absolument corroborée par l'étude de l'oeuvre (l'influence du Discours de la Méthode et des Méditations métaphysiques de Descartes et de La République de Platon que Saint-Exupéry emmenait partout avec lui). En confrontant l'oeuvre et la biographie, j'ai mis en évidence les sources qui ont donné naissance aux personnages, inspiré les événements et conduit à la conception de tout ce que le texte cherche à nous faire comprendre. J'ai enfin proposé une clé pour la lecture du texte que j'ai analysé, chapitre après chapitre, afin de mettre en lumière les concepts et la structure où se révèle ce qui peut donner un sens à l'existence..."

"Pilote de Guerre, Terre des Hommes, Citadelle... chacun des livres de Saint-Exupéry constitue un itinéraire qui, à travers les sables, mène au Petit Prince. En filigrane, on voit se dessiner les préceptes qui doivent nous aider à orienter nos choix et à choisir notre existence."

"Ainsi que tous les grands philosophes, Saint-Exupéry a été conduit à la réflexion philosophique par la prise de conscience d'un unique problème ; en ce qui concerne Saint-Exupéry, celui de la solitude et de la communication des consciences (pg. 68) : le petit prince ne comprend pas la rose, l'aviateur ne parvient pas à communiquer avec l'enfant... Le roi, le vaniteux, le buveur, le buisnessman, le géographe, l'allumeur de réverbère et le petit prince lui-même sont tout seuls sur leur planète.  Le dialogue entre le petit prince et l'aviateur n'est que le débat intérieur où l'enfant qu'il était essaie de lui faire découvrir des choses essentielles, de le faire sortir du personnage dans lequel il s'était laissé enfermer. Au chapitre XXI, la réponse, pressentie dans le dialogue est formulée : pour se rejoindre dans un amour partagé, on doit s'apprivoiser, prendre le temps d'aller à la rencontre de l'autre, de comprendre ce qui se cache derrière les apparences ou se trouve interdit par les explications des adultes." (pg. 88-89)

Le corrolaire de la communication des consciences et de l'écueil du solipsisme est la construction d'un monde commun ; c'est le problème central de Citadelle (c'est aussi celle de La République de Platon). Cette construction ("L'avenir ne doit pas être prévu, il doit être construit.") ne peut s'effectuer que dans la mesure où chacun s'efforce de vivre de manière authentique sa vocation profonde, la signification cachée de son "être dans le monde".

"L'homme n'est qu'un noeud de relations ; les relations comptent seules pour l'homme." C'est sur ces lignes de Saint-Exupéry que s'achève la Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty.

"Le Petit Prince cherche à nous faire comprendre que la volonté de domination, le délire de possession, le désir de paraître, l'incapacité à se libérer des passions, l'enfermement dans les habitudes et l'oubli du monde dans les concepts ne peuvent que nous conduire à la mort de l'esprit. Il met en évidence qu'au-delà des risques d'anéantissement et de déréliction, il n'appartient qu'à nous de reprendre notre pensée et notre volonté pour être présents au monde : si nous avons été abandonnés dans une vie privée de signification, c'est à nous qu'il appartient de créer cette signification." (pg. 37-38)

"C'est le retour à l'esprit d'enfance (qui n'a rien à voir avec l'infantilisme) qui nous permet de découvrir l'essentiel invisible pour les yeux et que l'on ne voit bien qu'avec le coeur. Le petit prince n'est personne d'autre que Saint-Exupéry lui-même, se retrouvant enfant par la magie du souvenir, certes, mais surtout par une démarche intellectuelle qui lui redonne cette ingénuité nécessaire pour comprendre vraiment, par soi-même, les choses et leur signification, selon le "bons sens" qui n'est pas celui de la raison pure, mais celui de l'intelligence éclairée par l'amour, capable de voir la réalité vivante au-delà des concepts." (pg. 61)

"Comme le préconise Descartes dans ses Méditations, Saint-Exupéry nous demande, en quelque sorte, de revenir à notre enfance pour, aidés par la raison éclairée par l'amour, tout reconstruire sur un fond qui n'est qu'à nous." (pg. 130)

La pensée cartésienne rejette la pensée purement abstraite de l'homme de cabinet et lui oppose une pensée qui s'est éprouvée elle-même dans les rencontres de la vie et les exigences de l'action.

Après un très bel épilogue dans lequel il est question de roses, l'auteur nous rappelle les principales Règles pour la direction de l'esprit de Descartes (Regulae ad directionem ingenii) : la fidélité, le doute, l'analyse, la déduction ou la synthèse et l'énumération ou l'induction formelle, explique en quoi consiste le doute cartésien (la métaphore du panier de pommes) et cite les chapitres de Citadelle qui aident à mieux comprendre Le Petit Prince.

Jean-Philippe Ravoux fut professeur de philosophie au lycée Paul-Cézanne et chargé de cours à l'université d'Aix-Marseille ainsi qu'à l'institut Vanderbilt-in-France. Il a écrit L'Unité des Sciences (Le Pommier, 2000), Schopenhauer, repenser l'Histoire et l'Inconscient (Pleins Feux, 2006) et De Schopenhauer à Freud (Beauchesne, 2007)

Jean-Philippe Ravoux, Donner un sens à l'existence ou pourquoi Le Petit Prince est le plus grand traité de métaphysique du XXème siècle, Robert Laffont

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