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Le Chiffonnier, L'Ange et le Petit bossu
 
Le Chiffonnier, L'Ange et le Petit bossu, c'est le titre d'un beau livre de Jean-Michel Palmier sur Walter Benjamin, c'est aussi le titre d'un dessin de Paul Klee
 
Le chiffonnier, selon moi, c'est la part de nous-mêmes qui a besoin de posséder et qui collectionne les objets, les livres, les pneus, les pots de peinture presque vides... Toutes ces choses qui nous encombrent et qui s'amassent, jour après jour et qui finissent par nous étouffer, que l'on se promet de trier et de jeter et que l'on garde...

Des choses, il y en a partout, dans notre maison,  dans la ville, dans le pays, dans le monde. Il y en a qui en ont trop, d'autres pas assez. 

Le Chiffonnier,  c'est l'économie, c'est l'argent. Certains disent qu'il faudrait tout jeter et tout recommencer à zéro. Certains disent qu'il faut tout conserver... Et ils se battent comme des chiffonniers.

Il y a des jours où on voudrait ne plus être un chiffonnier : une cellule, une table, une étagère, trois livres, un lit, une armoire et rien d'autre... Ou peut-être rien du tout. "Que de choses dont je n'ai pas besoin" (Socrate)

Il paraît que les Japonais se débarrassent plus facilement que nous des objets. Ils ont raison.

Le Petit bossu (Die bucklige Männlein) : c'est le titre d'une comptine berlinoise que sa mère chantait à Walter Benjamin quand il était enfant. Il nous fait faire des bêtises, des petites et des grosses, le Petit bossu. On ne voit plus que lui et sa bosse et on oublie de regarder ailleurs. C'est le diable, l'adversaire, la tentation, le mal, l'antisémitisme, l'Etat, le rival, le tyran, la malchance, la maladie, le caractère ou le destin... On voudrait en finir avec le Petit bossu, mais il a son rôle. Comme le dit la mère dans la comptine berlinoise : "il faut prier pour le Petit bossu".

L'Ange : c'est l'homme réalisé, le double en mieux ; on n'a pas besoin des religions pour le savoir. On n'a qu'à se regarder et sentir ce qui manque et qu'on n'est fait, à la fin des fins,  ni pour être bossu, ni pour être chiffonnier... Le salut ? L'utopie ? Après la mort, peut-être. Avant, parfois, de temps en temps. Mais qui veut faire l'ange...

Ce dessin de Paul Klee porte en lui un grand enseignement : chacun d'entre nous est un chiffonnier, un ange et un Petit bossu : chacun d'entre nous est un être de chair, un ange et un démon.

Il ne s'agit pas d'en finir avec le Petit bossu, comme il ne s'agit pas d'en finir avec le chiffonnier. Il s'agit de mettre le petit bossu et le chiffonnier au service de l'ange.

 

La comptine du Petit bossu : 

Je veux aller dans mon petit jardin
Je veux arroser mes fleurs, 
Un petit homme bossu est là, 
Et se met à éternuer.

Je veux aller dans ma petite cuisine
Je veux faire cuire ma petite soupe
Un petit homme bossu est là,
Il a cassé mon petit pot.

Je veux entrer dans ma petite chambre
Je veux manger ma petite compote,
Un petit homme bossu est là,
Il en a déjà mangé la moitié.

Je veux aller au grenier
Je veux aller chercher du petit bois,
Un petit homme bossu est là,
Il en a déjà volé la moitié.

Je veux aller dans ma petite cave
Je veux tirer mon petit vin
Un petit homme bossu est là
Il m'en a déjà chipé une cruche.

Je m'assois à mon petit rouet
Et je veux tourner mon petit fil,
Un petit homme bossu est là
Et m'empêche de tourner ma roue.

Je vais dans ma petite chambre,
Je veux faire mon petit lit,
Un petit homme bossu est là
Et se met à rire.

Quand je m'agenouille à mon petit banc
Que je veux prier un petit peu,
Le petit homme bossu est là,
Et se met à parler :

Cher petit enfant, je t'en prie
Prie pour le petit homme bossu !

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