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Kirzenbaum

Quelquefois, on s'enlise... On ne peut rien dire. C'est l'aphasie. On voudrait dire qu'un bourgeon perle au rameau du cerisier et puis encore autre chose. Mais on ne peut rien dire de plus... "Un bourgeon blanc, à l'éclat nacré, rond et parfait, parfait et pourtant inachevé, perle au rameau du cerisier" ... et rien d'autre.

Comment parler du monde quand le monde ne parle pas - "infans" -  ou pas assez ou pas encore ?... Et voici que l'enfant a fleuri et que les feuilles du cerisier et des érables se sont multipliées... Elles font un paravent protecteur, un enclos pour préserver le regard, des  paupières pour protéger le secret.

On ne peut pas toujours garder les yeux ouverts... L'auvent des paupières protège de la cécité, comme le sommeil de la folie... Il faut cesser de voir pour continuer à voir, il faut cesser de vivre pour continuer de vivre.

Mais on deviendrait fous si la fleur restait perle, si la perle ne devenait fleur, si le printemps s'arrêtait à la perle, s'il ne faisait que perler sans jamais fleurir... Ce serait comme le silence des rescapés. La tragédie de l'absence de parole. 

Le bourgeon perle pour la fleur. La fleur fleurit pour le fruit. Parler. Perler... Parler pour s'évader du silence parfait de la perle.  Le printemps parle. La parole fleurit. Chaque fleur est un visage qui chante. Le visage des hommes et des femmes de mon peuple, le visage des hommes et des femmes du monde entier.

Mais il faut que la pierre éclate et que le cœur se brise.

"Les deux Fées" : de la bouche de la sœur cadette sortait des roses, des perles et des pierres précieuses...  

Quand de la bouche des hommes ne sortiront plus des mots qui tuent... Quand de la bouche des hommes sortiront des paroles vraies... Quand de nos bouches enfin, ne sortiront que des fleurs et des perles de cerisiers ...

Fleurs de la rhétorique ? Non, ce n'est pas seulement dans la bouche que doit fleurir la parole.  Car ce qui fleurit dans la bouche sans fleurir dans le cœur est mensonge.

Quelque chose aussi dans le cœur et dans le corps, après le grand silence de l'hiver, le grand silence du Vendredi Saint, le grand silence après la Création du monde, le grand silence après la catastrophe, le silence avant les choses naissantes ou renaissantes... inlassablement,  indiciblement, profusément,  fleurit.

Quoi ? Je ne sais pas. Ce qui fleurit en silence dans le cœur, dans le corps, on ne saurait le dire... Pas même en disant "espoir", car l'espoir n'est qu'un mot...La musique, peut-être pourrait le dire...

... Et le bourgeon silencieux qui perle à la branche du cerisier. 

 

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