Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Afficher l'image d'origine

P.D. James, L'île des morts (The skull beneath the Skin), traduit de l'anglais par Lisa Rosenbaum, Mazarine, 1985)

 

Afficher l'image d'origine

Phyllis Dorothy James, ou P.D. James est née à Oxford. Aînée de trois enfants, elle connaît une enfance assez itinérante, ses parents ayant un faible pour les déménagements en série.  En 1941, elle se marie avec le docteur Connor Bantry White, qui sert dans le corps médical de la Royal Army.  Premier envoi de manuscrit en 1962, et première réussite. Le livre s’appelle A visage couvert, roman à énigme assez classique, mais dans lequel PD James (les initiales sont destinées à cacher que l’auteur est une femme) s’attache déjà à explorer les motivations et le fonctionnement psychologique de son héros. Car d’emblée, PD James tient son personnage : Adam Dalgliesh, policier de Scotland Yard, poète à ses heures, et hanté par le décès de sa femme morte en couche en même temps que son bébé. De 1968 à 1979, PD James travaille au département judiciaire du Ministère de l’Intérieur, puis occupe la fonction de magistrat jusqu’en 1984, ce qui enrichit encore sa connaissance du système policier et juridique. Grâce à son succès, elle voyage à travers le monde, donne de nombreux cours et conférences sur son art, et publie régulièrement des romans. P.D.James est aujourd'hui baronne (elle a été anoblie par la reine en 1990), membre éminent des auteurs britanniques et de la chambre des Lords. Son dernier roman publié à ce jour, et à l'âge de 91 ans, propose une suite sous forme de roman policier à Orgueils et Préjugés. Elle s'éteint le 27 novembre 2014, à Oxford, à l'âge de 94 ans. (source : babelio)

Afficher l'image d'origine

"Un château victorien bâti sur une île : c'est là qu'un riche excentrique a convié quelques amis pour le week-end. Au programme des réjouissances, une pièce de théâtre montée par une troupe d'amateurs. Mais quelqu'un trouble la fête, se livrant à de macabres plaisanteries aux dépens des invités. La mort rôde autour de l'île. La terreur s'installe. Cordelia Gray, la jeune détective de La Proie pour l'ombre, joue les gardes du corps et observe d'un oeil attentif ces convives dont les bonnes manières dissimulent des vices inavouables. Energique, intuitive, elle dénoue un à un les fils de cette toile d'araignée criminelle. Avec L'Ile des morts, P.D. James mérite plus que jamais son titre de « reine du crime ». Dans ce roman subtil, la férocité, l'humour et le théâtre élisabéthain se mêlent de façon inimitable."

 

Le titre anglais (The Skull beneath the Skin) est tiré d'un poème de T.S. Eliot :

"Obsédé par la mort, Webster voyait le crâne sous la peau.

Sous terre, des créatures dénuées de seins

se penchaient en arrière avec un sourire sans bouche.

Des bulbes de jonquilles, à la place des yeux,

Vous fixaient par les orbites !

Il savait que la pensée s'accroche aux corps défunts

renforçant ainsi sa volupté morbide.

(T.S. Eliot, Whispers of Immortality)

Extraits :

"Dans ma chambre, il y a un William Dyce intitulé Les Ramasseuses de coquillages. Ca représente des dames en crinoline qui examinent leurs trouvailles sur une plage du Kent. C'est assez bien peint, en fait. Mais de quoi s'agit-il en réalité ? D'un groupe d'aristocrates suralimentées, trop élégantes et sensuellement frustrées, qui n'ont rien d'autre à faire de toute la sainte journée que de ramasser des coquillages pour fabriquer des boîtes inutiles, de peindre des aquarelles fadasses et distraire les hommes après le dîner en jouant du piano et d'attendre leur mari..." (p. 95)

"Les yeux de Simon se posèrent sur le pantalon et la veste qu'il avait fourrée sous une pierre. Aussi nette qu'un souvenir, une image s'imposa à son esprit : du sable, chaud comme des cendres, une mer inconnue striée de mauve et de bleu jusqu'à l'horizon, Clarissa, ses manches gonflées par le vent, tenant un billet à la main. Puis des morceaux de papier blanc tombant à terre comme des pétales, couvrant un instant la surface de l'eau avant de disparaître. Le corps de son père, où plutôt ce qu'il en restait, n'avait pas été rejeté par la mer que trois semaines plus tard. Mais les os et la chair, même après que les poissons eurent fait leur oeuvre, duraient plus longtemps qu'un bout de papier. Ce n'était pas vrai. Rien de tout cela n'était vrai. Comme Tolly l'avait dit, on avait toujours le choix. Et il choisissait de ne pas y croire..." (p. 102-103)

""Cordélia sortit sur la terrasse pour dire bonne nuit. Les trois silhouettes vêtues de noir se tenaient à une certaine distance les unes des autres, se découpant sur le miroitement de la mer, immobiles comme des statues de bronze. A son approche, elles se tournèrent simultanément. Elle sentit le regard concentré des trois paires d'yeux. Personne ne bougea ni ne parla. Ce moment de silence au clair de lune lui parut interminable, presque menaçant. Alors qu'elle saluait les trois hommes, la pensée qu'elle avait essayé de réprimer depuis vingt-quatre heures réapparut dans toute sa terrible logique : "Nous sommes ici ensemble dix personnes sur une petite île isolée. Et l'un de nous est un assassin." (p. 302)

L'intrigue :

Clarissa Lisle, célèbre comédienne de théâtre, reçoit régulièrement des menaces de mort sous la forme de vers extraits du répertoire shakespearien. Recrutée par le mari de l'actrice, Cordelia Gray, la jeune détective de La proie pour l'ombre accompagne l'actrice en tant que prétendue "secrétaire particulière" dans un château victorien bâti sur une île anglo-normande, Courcy, au large du Dorset où son propriétaire, le riche excentrique, Ambrose Gorringe, a convié quelques amis pour le week-end... Entourée de comédiens amateurs, elle doit y incarner le rôle principal dans une tragédie sanglante de Webster, un auteur élizabethain...

Le lecteur s'aperçoit au fil des pages que les invités ont tous des raisons évidentes ou cachées d'en vouloir à Clarissa qui ne  brille ni par son intelligence, ni par sa moralité et se surprend à les comprendre, car le personnage est tout sauf sympathique.

A défaut de sauver sa protégée d'une mort annoncée, Cordelia qui est elle-même sur la liste des suspects,  parviendra-t-elle à découvrir le ou la coupable avant l'inspecteur chargé offiellement de l'enquête ?

Mon avis :

A partir d'une base assez convenu : des méfaits commis sur une île où une société choisie est réunie à huis clos, comme dans Les dix petits nègres d'Agatha Christie, P.D. James construit à petites touches une intrigue subtile où l'humour le dispute à la férocité et qui vaut autant par son originalité que par l'analyse psychologique des personnages et la description des ambiances et des paysages...

A travers l'évocation de la persistance des valeurs et de l'influence de la société victorienne, sur fond de théâtre élizabethain, l'auteur suggère les perversions inavouables qui se cachent sous les bonnes manières, les apparences esthétiques et les non dits.

Les personnages ne sont ni tout noirs, ni tout blancs, même si chez certains la noirceur l'emporte quand il s'agit de défendre leurs intérêts, la solution est à double détente et le suspense final est plutôt réussi.

André Gide disait de la littérature qu'elle n'était pas faite de bons sentiments ; c'est particulièrement vrai de la littérature policière : le roman de P.D. James ne fait que confirmer les enseignements de la vie : la Providence est inefficace, le crime paie et les salauds s'en sortent bien...

Restent une poignée de gens honnêtes et courageux comme Cordélia et, au "au-delà du bien et du mal",  la magie de la littérature, de l'art et du théâtre.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0