Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bac philo 2021 : Discuter, est-ce renoncer à la violence ?

Aux élèves : Cette réflexion approfondie sur le sujet ne serait pas exigé d'un élève de Terminale. Pour avoir la moyenne (avec moi du moins !), il suffisait d'analyser correctement le sujet en distinguant la discussion du dialogue, en montrant que la discussion n'excluait pas la violence, en essayant de définir (même succinctement) la violence, en montrant que le vrai dialogue impliquait la renonciation à la violence et en cherchant les conditions d'un dialogue authentique. La référence à Karl Otto Appel et à Jürgen Habermas n'était pas obligatoire. Par contre celle au Gorgias de Platon était presque incontournable. J'aurais mis un bonus si vous avez essayé de réfléchir aux enjeux du problème.

Introduction :

On oppose généralement la discussion, l'échange d'arguments à l'échange de coups, c'est-à-dire à la violence. Ainsi, Il y aurait une différence de nature entre la discussion et la violence. La discussion serait pacifique et la violence ne le serait pas. Mais est-ce bien le cas ?

On oppose également la discussion au dialogue. Une discussion peut être violente et déboucher sur un échange de coups, alors que le dialogue (du grec dia, deux et logos, discours) exclut normalement la violence. La parole serait immatérielle ; parler, ce n'est pas la même chose qu'agir ou faire, donc la discussion exclurait la violence.

On dit que deux personnes ont eu une violente (ou une vive) discussion, mais non qu'ils ont eu un dialogue violent.

Il n'y a pas la violence d'un côté et les mots de l'autre, mais la violence peut résider également dans les mots, d'ailleurs elle commence avec les mots. Il y a des mots violents, les insultes ou les moqueries par exemple qui constituent des violences psychologiques. Le harcèlement moral ne s'accompagne pas forcément de violences physiques, mais peut entraîner des conséquences tout aussi graves. 

Selon l'OMS, la violence est l'utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l'encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d'entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès.

La violence est observable chez les humains comme chez les animaux, ce qui indique sa dimension évolutive et biologique. Chez l'animal, la violence est limitée par l'instinct, alors qu'elle est illimitée chez l'être humain, d'où la nécessité de réguler la violence. Dans les sociétés traditionnelles, cette régulation s'opère par le sacré. Dans les sociétés modernes, marqués par la division du travail entre individus fortement différenciés, elle se fait pas le droit.

Discuter, est-ce renoncer à la violence ? Dans  un premier temps, nous verrons que la discussion peut s'apparenter à la violence, puis que le vrai dialogue implique la renonciation à la violence et nous chercherons enfin quelles sont les conditions d'un dialogue authentique et non violent.

1. Discuter n'est pas forcément renoncer à la violence :

Discuter n'est pas forcément renoncer à la violence. On peut échanger des paroles aussi violentes que des coups. Dans ce cas, les deux interlocuteurs demeurent des adversaires. Il s'agit de rendre parole pour parole, coup pour coup.

Dans les "scènes de ménage", les amants ou les époux ne cherchent pas à développer des arguments, à s'écouter l'un l'autre, mais à blesser et  à avoir le dernier mot. Et le dernier mot peut être "une parole qui tue", qui vous détruit psychologiquement, ce qui montre bien que la discussion peut être une forme de violence.

Le triangle de Karpan décrit les interactions humaines dans le domaine social, dans la relation de couple ou dans le milieu professionnel. Il faut savoir que nous jouons des rôles qui ne sont d'ailleurs pas fixes : le sauveur, la victime, le persécuteur.

Prendre conscience que nous ne sommes pas vraiment nous-mêmes, mais que nous jouons un rôle sans en avoir conscience peut permettre de renoncer à exercer ou à subir la violence dans la discussion. Dans le cas de relations pathologiques, le rôle de la thérapie de couple est de faire en sorte que le dialogue se substitue peu à peu à la discussion.

On remarque aussi que dans un rapport de force, les deux interlocuteurs tendent à adopter par principe une position aussi opposée que possible à celle de la partie adverse et non à chercher un terrain d'entente, une conciliation et que la discussion a tendance comme on dit à s'envenimer, c'est à dire à monter en intensité vers les extrêmes et aboutir à la violence physique. Ce qui compte, c'est le fait de ne pas être d'accord, peu importe le contenu et la nature du désaccord. 

Mais comme l'a souligné Hegel dans le passage de la Phénoménologie de l'Esprit intitulé "La dialectique du maître et de l'esclave", il ne peut pas y avoir de véritable reconnaissance dans un rapport de force, mais seulement la soumission de l'un à l'autre.

Discuter ne sert à rien si l'une des deux parties refuse un compromis acceptable pour les deux parties, comme on peut le constater dans le conflit israélo-palestinien. Chacun reste campé sur ses positions : il n'y a pas de dialogue possible.

Enfin, dans la relation parents/enfants, les parents doivent toujours préférer le dialogue à la violence qui n'a aucune valeur éducative.

Selon René Girard (La violence et le sacré), la violence provient d'un désir d'appropriation d'un objet qui n'a de valeur que par le fait d'être désiré par l'autre, que René Girard appelle le médiateur. Cette mimesis d'appropriation (mimesis vient du grec imitation parce que les "doubles" s'imitent l'un l'autre) engendre mécaniquement la mimesis de rivalité, du fait que les deux protagonistes se détournent de l'objet qu'ils désirent pour s'intéresser au médiateur qu'ils sont l'un pour l'autre.

Cette mimesis d'appropriation existe aussi chez les animaux, comme on le voit par exemple dans le marquage du territoire ou la rivalité sexuelle. La différence avec l'homme, c'est que chez l'homme elle n'est pas régulée par l'instinct, si bien qu'elle peut aller jusqu'à la mort de l'autre et de proche en proche de la communauté tout entière, d'où les précautions extrêmes prises contre la violence mimétique dans les sociétés traditionnelles (interdiction de l'inceste, exogamie, etc.) et des pratiques qui nous paraissent incompréhensibles et contradictoires comme les tabous qui prohibent totalement tout ce qui pourrait entraîner la violence et les rituels qui la permettent sous la forme limitée du sacrifice.

Dans L'art d'avoir toujours raison Schopenhauer explique ironiquement comment s'y prendre pour avoir toujours le dernier mot. Il expose une série de stratagèmes permettant de l'emporter lors de controverses, indépendamment de la vérité du point de vue que l'on soutient. Schopenhauer cherche à distinguer ces stratagèmes afin de pouvoir les dénoncer. 

Schopenhauer nomme l'art d'avoir toujours raison "la dialectique éristique" (éristique vient d'un mot grec qui signifie combat). La dialectique éristique est  une technique de controverse qui repose sur la distinction entre la vérité et l'apparence de la vérité. Son but est de convaincre les auditeurs que l'on a raison, même si l'on a objectivement tort en faisant passer l'apparence de la vérité pour la vérité elle-même.

Selon Pierre Bourdieu, notre manière de parler reflète les positions de force et de domination qui traversent la société. Il ne suffit donc pas de renoncer à la force dans la discussion pour échapper à la violence qui peut être symbolique. 

2. Le vrai dialogue implique la renonciation à la violence :

Dans le Gorgias, Calliclès affirme que "le beau et le juste selon la nature, c'est que pour bien vivre, il faut entretenir en soi-même les plus fortes passions au lieu de les réprimer, et qu'à ces passions, quelques fortes qu'elles soient, il faut se mettre en état de donner satisfaction par son courage et son intelligence, en leur prodiguant tout ce qu'elles désirent". Autrement dit, le beau et le juste consistent à se passer de la morale et à faire ce qui nous plaît.

Calliclès n'apprécie pas la philosophie et considère le dialogue comme un jeu, c'est-à-dire qu'il ne peut déboucher sur aucune vérité. Il ne croit pas à la maïeutique. Il ne veut pas se laisser accoucher par Socrate de cet enfant plus beau que la violence, de cette vérité plus haute que la violence verbale au service de l'égoïsme et de la volonté de puissance. il n'est pas convaincu par les démonstrations de Socrate et demeure dans son opinion initiale. 

Calliclès s'oppose donc à la discussion comme au dialogue et son refus est une forme de violence car il correspond bien au point de vue qu'il défend : le juste et le beau consistent à se passer de la morale qui ne vaut que pour les faibles et à faire ce qui nous plaît.

La discussion s'oppose à la guerre et la guerre lui fait place sous la forme de pourparlers de paix, qui laissent la parole aux diplomates. Mais pour que les discussion débouchent sur une paix durable, il faut que les interlocuteurs soient de bonne volonté et n'aient pas "une idée derrière la tête", comme à Munich en 1938. La discussion implique la volonté sincère de se mettre d'accord, de faire des concessions et  de renoncer à la violence.

La non-violence est parfois plus efficace que la violence et n'exclut pas le dialogue comme le fait la violence et comme on a pu le constater avec Gandhi en Inde et en Afrique du Sud avec Nelson Mandela.

3. les conditions d'un dialogue authentique et non violent :

Le philosophe Jürgen Habermas développe de son côté l'idée d'un principe de discussion capable de remplacer l'Impératif catégorique. Kant pense qu'il est possible de se mettre d'accord rationnellement sur ce qui est juste et injuste, mais que l'évaluation des normes s'opère dans la conscience de chacun. Habermas considère que l'accord rationnel sur le juste et l'injuste passe par le dialogue. Nous déterminons si une règle de conduite et d'action ou un comportement sont moraux par une discussion qui doit ressembler autant que possible à une situation de liberté de parole absolue et de renoncement aux comportements "stratégiques" apparentés à la "dialectique éristique" que développe Schopenhauer dans l'art d'avoir toujours raison.

Au lieu d'imposer mon point de vue personnel aux autres comme une vérité qui vaut aussi pour les autres, je dois soumettre mon opinion à tous les autres afin d’examiner par la discussion sa prétention à l’universalité, explique Habermas dans Morale et communication, ainsi s’opère un glissement : le centre de gravité ne réside plus dans ce que chacun souhaite faire valoir, sans être contredit, comme étant une vérité universelle, mais dans ce que tous peuvent unanimement reconnaître comme une vérité universelle.

Karl-Otto Appel se demande comment mettre en place une discussion où les échanges ne soient pas dominés par l'instrumentalisation stratégique de la communication, mais plutôt orientés vers l'entente et l'intercompréhension.

Comment un responsable politique peut-il continuer à faire valoir les exigences d'une discussion argumentée face à la menace de l'usage de la violence ou à l'instrumentalisation cynique du discours ?

Pour Apel, il faut fonder une éthique de la discussion. Le principe moral de la discussion permet de domestiquer par le dialogue public les violences et les rapports de force propres au système politique.

Le nom de Karl-Otto Apel est souvent associé à celui de Jürgen Habermas. Les deux hommes étaient amis et s'estimaient mutuellement, mais n'étaient pas toujours d'accord, témoignant du fait qu'une communication authentique repose avant tout sur une exigence de vérité qui dépasse la personne, les intérêts, les convictions et l'amour propre des deux interlocuteurs. Jaspers nommait l'absolu de la recherche de la vérité dans la communication existentielle : "le combat par amour" (liebender Kampf).

Apel et Habermas mettent l'accent sur la notion de "communication" qu'ils placent au cœur de leur réflexion sur la morale, sur la politique et sur le droit.

Puisque l'homme est un "animal parlant", "zoon logikon" (Aristote) dont le comportement n'est pas réglé par l'instinct, mais par la pensée et le langage, c'est à travers la réflexion sur le langage que l'on pourra trouver les normes d'un conduite authentiquement humaine.

Une telle conduite ne saurait être fondée, comme l'a montré Kant, sur la nécessité (les lois de la nature), mais sur le devoir, non sur l'intérêt ou même le bonheur comme dans la pensée antique, mais sur la raison et la liberté.

Kant évoque un individu seule face à sa conscience,  confronté à la nécessité de se décider en fonction de l'impératif catégorique - le même, formulé de quatre façons différentes - et non d'un impératif hypothétique centré sur l'intérêt personnel : "Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle." (Fondements de la métaphysique des mœurs).

L'impératif catégorique est indissociablement centré sur soi même et sur autrui, comme le montre sa deuxième formulation : "Agis de telle façon que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin et jamais simplement comme moyen."

Apel et Habermas développent cet aspect de la morale kantienne en montrant que le devoir moral s'inscrit dans un dialogue intersubjectif qui suppose la sincérité (au moins dans l'intention), l'authenticité, la véracité et la justesse de la parole et dont ils se proposent de montrer les conditions de possibilité.

Ils affirment par ailleurs que le "point de vue moral" ne concerne pas seulement les relations intersubjectives, mais aussi les relations entre les personnes en tant que citoyens, entre les citoyens et l'Etat pour la constitution et le maintien d'un authentique Etat de droit, ainsi qu'entre les Etats, comme l'avait fait Kant dans son Projet de paix perpétuelle.

Apel et Habermas mettent donc l'accent sur le langage et sur la communication, en insistant sur la dimension intersubjective parce qu'elle est  au cœur de la réalité humaine, sur l'importance de la notion d'autrui, presque inexistante dans la pensée traditionnelle, y compris chez Descartes et qui va devenir essentielle à partir de Hegel : le conflit des consciences dans la dialectique du maître et de l'esclave - , dans la phénoménologie de Husserl et de ses continuateurs : Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty et Emmanuel Lévinas.

Les deux hommes ont manifesté un intérêt commun pour la philosophie analytique (Peirce, Russel, Ayer, Wittgenstein...) et les théories des actes de langage (Austin, Searle) selon lesquelles tout acte de parole implique une prétention à la vérité et se sont aventurés sur un chemin esquissé par Wittgenstein d'une éthique fondée sur l'examen du langage et sur la valeur de vérité des propositions.

Récusant la neutralité ou le scepticisme axiologique de la démarche  logico-scientifique, à la lumière des événements passés (le nazisme et la seconde guerre mondiale) et récents (la guerre du Kosovo), ils ont résolument replacé l'éthique de la discussion au cœur de la pensée.

Selon Marshall B. Rosenberg, la violence réside dans notre façon de communiquer avec autrui. Il existe des propos qui sont violents en eux-mêmes Marshall Rosenberg nous propose de favoriser une communication non violente, par exemple en exprimant son ressenti.

"Toute violence émane d'un mode de pensée qui attribue la cause du conflit aux torts de l'adversaire et à l'incapacité de reconnaître sa propre vulnérabilité ou celle de l'autre". Un tel mode de pensée permet en effet d'accuser, de culpabiliser et de... faire la guerre.

Une communication de qualité entre soi et les autres est aujourd'hui et pour le futur une des compétences les plus indispensables et les plus précieuses. Elle suit processus en quatre points :

1. observer une situation,

2. identifier et nommer des sentiments,

3. relier ces sentiments à des besoins,

4. adresser des demandes réalisables à une autre personne dans un langage clair et concret, un langage d'action positif...

M. Rosenberg met à notre disposition un outil très simple dans son principe, mais extrêmement puissant pour améliorer radicalement et assainir notre relation tant avec nous-mêmes qu'avec autrui.

Grâce à des histoires, des exemples et des dialogues simples, nous apprenons entre autres :

- à transformer des conflits potentiels en dialogues paisibles,

- à briser les schémas de pensée qui mènent à la colère et à la dépression,

- à dire ce que nous désirons sans susciter d'hostilité,

- à communiquer avec compassion en utilisant le pouvoir guérisseur de l'empathie,

- à entendre derrière tout ce qui est dit un "s'il vous plaît" et un "merci".

4. D'où provient le refus de discuter ?

Mais d'où provient le refus de discuter ? D'après Hegel, d'une certaine forme de pensée qui considère a priori que le dialogue est inutile parce qu'on réduit l'autre à un seul de ses attributs. "Cet homme est mon valet" : on peut dire que le maître du valet ne retient de son serviteur qu'un aspect particulier (accidentel) de sa personne. Il est un valet et toute autre chose qu'un valet, par exemple il possède la faculté d'observer et de raisonner qui peut être plus développée que celle de son maître, comme en témoigne Jacques le fataliste de Diderot, œuvre que cite favorablement Hegel.

Hegel cite un autre exemple de pensée réductrice, celle du soldat que l'on peut rouer de coups car on l'a préalablement défini comme une "canaille". Il est par essence une canaille, même s'il n'a rien fait pour mériter d'être puni et on peut donc le rouer de coup. "La violence de l'abstraction, commente Ari Simhon débouche sur la violence réelle où un homme, parce qu'il est réduit à sa particularité de subordonné, à sa qualité de soldat ordinaire et donc bastonnable, ouvre droit, par cette qualité qu'il est, de ce point de vue, à la violence que peut exercer sur lui son supérieur. Ce faisant, c'est-à-dire en le bastonnant, cet officier pense abstraitement et, réduisant l'homme à sa qualité de subordonné, puis le subordonné à la qualité de bastonnable, se réduit lui-même à cette particularité d'être officier. Le mépris n'est pas voilé pour celui dont on devine qu'il n'est alors, hégéliennement, qu'une "espèce d'officier". Le refus de discuter provient du fait de ne pas considérer l'autre comme un interlocuteur valable.

Selon Eckhart Tolle (Nouvelle Terre, p.119), plus les individus, groupes ou nations sont inconscients, plus la pathologie de l'ego prendra la forme de la violence physique. La violence est une façon primitive, mais encore fort répandue que l'ego emploie pour essayer de s'affirmer, de se donner raison et donner tort aux autres. Chez les gens très inconscients, les querelles peuvent facilement conduire à la violence physique. Qu'est-ce qu'une querelle ? C'est deux personnes ou plus exprimant des opinions qui diffèrent. Ces personnes sont si identifiées à leurs pensées respectives que celle-ci se transforment en positions mentales auxquelles on attribue un sentiment d'identité. Autrement dit, l'identité et la pensée fusionnent. Une fois que ceci s'est produit et quand je défends mes opinions (pensées), je me sens et j'agis comme si je défendais mon propre Moi. Inconsciemment, je me sens et j'agis comme si je me battais pour survivre, ce qui fait que mes émotions reflètent cette croyance inconsciente. Mes émotions s'enflamment : je suis contrarié, en colère, sur la défensive ou agressif. Il faut que je gagne à tout prix sinon je suis détruit. Et c'est ça l'illusion. L'ego ne sait pas que le mental et les positions mentales n'ont rien à voir avec ce que vous êtes parce que l'ego est le mental aveugle lui-même. Dans le monde zen, on dit "Ne cherchez pas la vérité. Laissez tomber vos opinions." Qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire laisser tomber l'identification au mental et laisser émerger de lui-même ce qui au-delà du mental.

5. Les enjeux actuels du problème :

La cause principale de la violence dans la discussion ou dans l'absence de discussion est le fait de classer celui que l'on considère comme un "adversaire" dans une catégorie bien définie. Toute détermination dit Spinoza est une négation. "Noir", "blanc", "femme", "LGBT", minorité opprimée, ces détermination sont pertinentes, mais incomplètes, unilatérales. Hegel nous invite à les intégrer dans un vision plus large qui les dépasse sans les supprimer, bref, à ne pas penser abstraitement, à ne pas réduire un individu à la couleur de sa peau, son genre, son orientation sexuelle. Le propre du discours raciste est de généraliser, mais aussi désormais celui d'un certain discours anti-raciste. 

"Tenaille identitaire. Pourquoi "tenaille" écrit Gilles Clavreul, parce que ces propositions que tout oppose politiquement par exemple celle des suprématistes américains et des celle des "wokes", s'articulent néanmoins autour d'un même axe. Elle prétendent rapporter ce que l'on dit à ce que l'on pense et ce que l'on pense à ce que l'on est. Ce faisant, le tout identitaire étouffe petit à petit la conversation démocratique, rabattant le citoyen sur l'individu et l'individu sur ses attaches, sa naissance, son genre ou encore la religion dans laquelle il a été élevé, il assigne à chacun des positions fixes et tue l'idée de délibération collective. Second attribut de la tenaille : la pression de la pince gauche accentue celle de la pince droite, et réciproquement. Elles s'entre-alimentent dans une surenchère d'anathèmes et de procès en sorcellerie où chacun est sommé de prendre parti ou enrôlé de force dans l'un ou l'autre camp."

Conclusion :

la violence ne s'oppose pas à la discussion car certaines discussion peuvent être très violentes, même sans violence physique quand elles cherchent à imposer son point de vue et à discréditer ou à détruire l'adversaire. Schopenhauer nomme l'art d'avoir toujours raison la dialectique éristique et cherche à mettre en lumière ses procédés pour mieux les dénoncer. Comme le montre le Gorgias de Platon, tout dialogue authentique implique la renonciation à la violence et la volonté sincère de jouer le jeu du dialogue. Karl-Otto Appel et Jürgen Habermas, très marqués par les tragiques événements du XXème siècle tentent de mettre en place une éthique de la discussion. Une des causes de la violence verbale, mais qui peut déboucher sur la violence physique est le fait de classer l'autre que l'on considère a priori comme un "ennemi" dans une catégorie définie a priori. Selon Gilles Clavreul, "le tout identitaire étouffe petit à petit la conversation démocratique, rabattant le citoyen sur l'individu et l'individu sur ses attaches, sa naissance, son genre ou encore la religion dans laquelle il a été élevé, il assigne à chacun des positions fixes et tue l'idée de délibération collective."

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :