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Brice Parain, Petite métaphysique de la parole

Brice Parain, Petite métaphysique de la parole, Essai, NRF Gallimard, 1969

Renseignements sur l'oeuvre et sur l'auteur : cliquer sur le lien (Recherches sur la nature et les fonctions du langage)

"Ce livre n'a pas été écrit pour évoquer les embarras qui viennent à l'homme de son langage, malentendus, stupéfactions, inhibitions, méfiances de toutes sortes. Ils ne servent qu'à introduire la préoccupation qui y est appelée métaphysique, pour qu'on la distingue des recherches sémantiques, stylistiques ou psychologiques : qu'à force de souffrir parce qu'on n'a pas dit, ou qu'on a mal dit, ce qu'il y avait à dire, et qui reste sur le coeur, on en arrive à se demander pourquoi il ne suffit pas de vivre, mais qu'il faille encore le dire, pourquoi nous ne savons pas nous entendre sans avoir besoin de parler, comme le font les abeilles ou les corbeaux.

Car notre langage n'est pas qu'un code de signeaux plus compliqué qu'un autre. Il est l'aventure de la pensée, des mots qui sont là depuis toujours, semble-t-il, qu'on tourne et retourne, sans voir où ils nous mènent.

Nous ne savons pas non plus, d'où il nous est venu. L'hypothèse actuelle de l'évolution, srpent, oiseau, singe, puis l'homme criant d'abord, parlant ensuite, est assez terrible, à la réflexion.

Notrecivilisation des livres paraît signifier que la destination de l'homme est de se transformer en des mots qu'autrui a le pouvoir de ne pas écouter. Le ressort de la philosophie classique était le langagevrai. 

Y en a-t-il un ? Celui de la dialectique moderne pourrait être le mensongevraisemblable, prenant une allure de cérémonie, avec la littérature pour modèle.

Il faut un soubassement à un tel édifice. C'est de cette métaphysique qu'il est question ici."

Extrait :

"Maintenant on aborde la philosophie par la perception. C'est à cause de l'immanence. On se voit dans le monde, faisant partie du monde, issu de lui, pour ainsi dire, un petit bout de monde au départ, qui crie, qui geint, qui dort, qui tête, qui fait pipi, sans trop même ouvrir les yeux pendant les premiers temps, puis, quelques années plus tard, il est parmi les autres, les grands, avec son auto, ses livres, ses opinions.

Comment raconter son histoire ? Avec l'évolution, on a l'idée qu'on se saisit dès le germe, se regardant devenir ce qu'on est à partir de presque rien.

C'est aussi une belle tradition. Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.

Il y a trois siècles Spinoza commençait par Dieu. Il est un de nos précurseurs vénérés.

Quelle est la différence ? On répondra qu'elle n'est pas si grande qu'il paraît. Deus sive natura. C'est vrai. Seulement Spinoza, lorsqu'il parlait de nous, c'était nous formés, adultes, ayant un métier, des passions, discutant, luttant.

Pour Spinoza, la volonté et l'intelligence ne faisaient qu'un : Ethique, II, 49. On ne le dirait pas aujourd'hui. Nous savons que la lucidité n'implique pas la maîtrise de soi. Au contraire même, peut-être. Nous serions du côté de la folie? L'homme de Spinoza était raisonnable.

Ce serait donc plutôt la ligne de saint Paul, incapables du bien qu'on aime, faisant le mal qu'on déteste ?

Pas non plus. Le mal, on le cultive. Le bien, on s'en méfie. Rien n'est simple, heureux..." (p. 9-10)

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