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Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, Librairie philosophique Vrin, 1983

Aux élèves :

Je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage en relation avec les notions de théorie et d'expérience (la connaissance et la raison) que l'on étudie d'habitude au deuxième trimestre. En fait, la lecture de ce livre est indispensable.

Je ne partage pas les préjugés systématiques de certains collègues à l'encontre de l'encyclopédie en ligne wikipedia (j'ai d'ailleurs moi-même contribué à un article sur la Transcendance de l'Ego de Jean-Paul Sartre et rédigé un compte-rendu de La vie de l'Esprit d'Hannah Arendt) et j'ai repris ici, par commodité et dans l'urgence, les articles de wikipeda sur Gaston Bachelard : sa biographie et la présentation de La formation de l'esprit scientifique qui me paraissent globalement corrects.

Pour me rattraper ;-)) je ferai une présentation personnelle sous forme de notes de lecture, mais il faut me laisser un peu de temps.

J'ai passé un temps considérable sur Malaise dans la civilisation et Au-delà du principe de plaisir de Freud (articles précédents, pour ceux que ça intéresse). Il faudrait, pour bien faire, prendre le temps de confronter les concepts freudiens (inconscient, instinct de mort, complexe d'Oedipe, etc) à la théorie mimétique de René Girard et faire la même chose avec Claude Lévi-Strauss et le structuralisme. La notion bachelardienne d'obstacle épistémologique est tout aussi opérante en sciences humaines. Tout ce que dit Girard sur la "rivalité mimétique" de Nietzsche envers Wagner et sur le sens sacrificiel de l'expression "Dieu est mort." dans Le gai savoir (aphorisme 108) est absolument passionnant.

Enfin, si vous n'aviez qu'un livre à lire pour préparer votre rentrée en Terminale et si vous ne voulez pas bronzer idiots ;-)), je vous recommande Pourquoi philosopher ? de Jean-François Lyotard (présentation par Corinne Enaudeau, aux Presses universitaires de France). J'en ai fait un compte-rendu sur ce blog (taper "Lyotard" dans l'onglet "recherche",  en bas à droite)... Mais ne vous contentez pas de lire le compte-rendu, ce n'est qu'un "apéritif" !

Gaston Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est un philosophe français des sciences et de la poésie.

Epistémologue reconnu, il est l'auteur d'une somme de réflexions liées à la connaissance et à la recherche scientifique. Il invente ce qu'il appelle la "psychanalyse de la connaissance objective" inspirée par les travaux de Jung, qui introduit et étudie la notion d'obstacle épistémologique : ce sont des obstacles affectifs dans l'univers mental du scientifique et de l'étudiant, obstacles qui les empêchent de progresser dans la connaissance des phénomènes. Dans la Philosophie du non, il analyse des exemples tirés de la logique de la physique ou encore de la chimie.

Bachelard renouvelle l'approche philosophique et littéraire de l'imagination, s'intéressant à des poètes et écrivains (entre autres Lautréamont, Edgar Poe, Novalis), au symbolisme ou encore à l'alchimie.

Il interroge alors les rapports entre la littérature et la science c'est-à-dire entre l'imaginaire et la rationnalité. Ils peuvent être conflictuels ou complémentaires. Une image au fort pouvoir affectif provoquera des illusions pour le scientifique (l'image du feu par exemple pourra obstruer la connaissance de l'électricité). Mais cette même image produira en littérature des effets inattendus et surchargés poétiquement : son pouvoir de fascination sera très important (chez Novallis par exemple pour l'image du feu). La rêverie poétique « sympathise » intimement avec le réel, tandis que l'approche scientifique est « antipathique » : elle prend ses distances avec la charge affective du réel. L'imagination pourra cependant aider à la construction des modèles scientifiques. (source : encyclopédie en ligne wikipedia)

http://p2.storage.canalblog.com/23/96/650191/54086160.jpg

"La Formation de l'esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective, est un essai d'épistémologie de Gaston Bachelard (1884-1962) publié aux éditions Vrin en 1938. Bachelard y propose une analyse de la transition entre l'esprit préscientifique et l'esprit scientifique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

Cette évolution est rendue possible par la prise en compte et le dépassement de ce qu'il définit comme des obstacles épitémologiques, permettant alors la construction rationnelle d'une expérience. Celle-ci, par la longue réflexion qui la précède, dépasse l'observation directe d'un fait empirique et entraîne l'abstraction et la mathématisation du phénomène physique, seul moyen à ses yeux d'échapper aux préjugés inhérents à l'esprit humain qui ont longtemps paralysé le progrès scientifique.

Tout au long de l'ouvrage, il cite un grand nombre d'ouvrages préscientifiques illustrant les différents obstacles qu'il met en lumière, en particulier des œuvres d'alchimistes et de savants du siècle des Lumières."

Table des matières

Discours préliminaire

Chapitre premier. - La notion d'obstacle épistémologique. Plan de l'ouvrage

Chapitre II. - Le premier obstacle : l'expérience première

Chapitre III. - La connaissance générale comme obstacle à la connaissance scientifique

Chapitre IV. - Un exemple d'obstacle verbal : l'éponge. Extension abusive des images familières

Chapitre V. - La connaissance unitaire et pragmatique comme obstacle à la connaissance scientifique

Chapitre VI. - L'obstacle substantialiste

Chapitre VII. - Psychanalyse du réaliste

Chapitre VIII. - L'obstacle animiste

Chapitre IX. - Le mythe de la digestion

Chapitre X. - Libido et connaissance objective

Chapitre XI. - Les obstacles de la connaissance quantitative

Chapitre XII. - Objectivité scientifique et Psychanalyse

Extrait du chapitre premier :

"Quand on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c'est en termes d'obstacles qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne s'agit pas de considérer des obstacles externes, comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d'incriminer la faiblesse des sens et de l'esprit humain : c'est dans l'acte même de connaître, intimement, qu'apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C'est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c'est là que nous décèlerons des causes d'inertie que nous appelerons des obstacles épistémologiques. La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n'est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. Le réel n'est jamais "ce qu'on pourrait croire", mais il est toujours ce qu'on aurait dû penser. La pensée empirique est claire, après coup, quand l'appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé d'erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l'esprit même, fait obstacle à la spiritualisation.

L'idée de partir de zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l'âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d'un seul coup table rase des connaissances usuelles. Face au réel, ce qu'on croit savoir clairement offusque ce qu'on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. Accéder à la science, c'est spirituellement rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé.

La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent jamais d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit."

(Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, chapitre premier, la notion d'obstacle épistémologique)

 

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