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Le Livre mangé
Le Livre mangé

Le Livre mangé est une parabole de l'Ancien Testament. Elle est citée dans le livre d'Ézechiel. Elle parle de digérer la parole de Dieu pour la faire écouter au peuple. D'après Edward Mitchell, « manger le livre » signifie : ingérer les pensées de Dieu. Ézéchiel va digérer les pensées de Yahweh pour mieux les redonner à son peuple, pour les comprendre aussi. Ézechiel mange le livre de la Parole afin de prophétiser ; saint Jean dans l'Apocalypse parle d'une expérience similaire. Pour Grégoire le Grand, docteur de l'Église, « l'Écriture sacrée est aliment et breuvage »; elle doit être divulguée à tous, et l'enseignement du Seigneur est aliment de vie. Le Pape insiste sur le fait qu'il ne faut pas oublier la parole sacrée. Il cite le livre d'Amos: « Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l'Éternel, où j'enverrai la famine dans le pays. Non pas la disette du pain et la soif de l'eau, Mais la faim et la soif d'entendre les paroles de l'Éternel.» (Amos 8. 11).

Le livre d'Ézéchiel est un livre du Tanakh et de l'Ancien Testament écrit par le prophète Ézéchiel parmi les exilés de Babylonie. Les dates extrêmes donnent entre 593 av. J-C (1,2) et 571 av. J-C (29,17). Le livre contient des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem, des oracles contre les nations, des consolations pour le peuple déporté, et l'annonce d'un rétablissement religieux et politique en terre d'Israël.

Ézéchiel (en hébreu יְחֶזְקֵאל ; arabe : ذو الكفل Dhul Kifl) est un prophète de l'Ancien Testament (ou Tanakh selon la tradition hébraïque), qui a probablement vécu au VIème siècle av. J.-C. Son nom veut dire « Que le Seigneur le fortifie. » On lui attribue le livre d'Ézéchiel, le troisième dans l'ordre canonique des grands prophètes (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel). Il apparaît également deux fois dans le Coran, sous le nom de Dhul-Al-Khifl ; le prénom simplifié musulman correspondant est Isaiah.

"Le livre d'Ezéchiel s'ouvre sur une vision, maassé mercaba, celle du char céleste ou trône de Yahvé. Nous y voyons d'abord décrites quatre étranges créatures, chacune possédant quatre visages d'animaux. Puis la vision devant le prophète littéralement médusé, accentue son fantastique jusqu'à ce que, brisant cette fascination muette devant un monde sans paroles, la voix de Yahvé interpelle Ezéchiel, le somme de se différencier des autres humains, rebelles à la Loi, expérience extatique que l'on retrouve chez d'autres prophètes. Mais sa conclusion est unique :

"Et toi, fils de l'homme, écoute ce que je vais te dire. Ne sois pas rebelle comme la maison de rébellion. Ouvre ta bouche et mange ce que je vais te donner." Je regardai et voici qu'une main se tendait vers moi et dans cette main il y avait un rouleau de livre. Il le déroule devant moi et le rouleau était écrit au recto et au verso et contenait des lamentations, des plaintes et des gémissements.

"Et il me dit : "Fils de l'homme, mange ce que tu trouves là, mange ce rouleau et va parler à la maison d'Israël." J'ouvris la bouche et il me fit manger ce rouleau. Et il me dit "Fils de l'homme, tu nourriras ton ventre et rempliras les entrailles de ce rouleau que je te donne. "Je le mangeai et il devint dans ma bouche aussi doux que du miel. Il me dit encore : "Fils de l'homme, debout ! Va auprès de la maison d'Israël et communique-leur mes paroles."

Texte saisissant ! mais dont la portée ne peut apparaître à une première lecture.

Toute la spéculation kabbalistique prend son essor à partir de deux textes : le début des livres de la Genèse (maassé berechit) et d'Ezéchiel (maassé mercaba), c'est-à-dire le texte que nous examinons. La tradition ésotérique lui a accordé l'importance extrême de résumer en quelques lignes les plus grands mystères. Il paraît dès lors moins surprenant de poser notre manger le Livre en clé des rites alimentaires juifs.

Le texte d'Ezéchiel a le mérite, en outre, de fournir de nouvelles significations à ce mécanisme fantasmatique fondamental. Il clôt une première étape de la vision où le prophète ne parle pas. Puis une voix, celle du Père assurément retentit et brise la fascination : "Mange ce livre et va parler..." L'incorporation du Livre, rite initiatique, se révèle préalable indispensable pour que le "fils de l'homme" puisse parler. Si la Bible représente le lieu où émerge et se constitue le rapport de l'homme au signifiant (conception reprise à J. Lacan ; cf en particulier son séminaire : L'Angoisse, non publié), ses épisodes deviennent la métaphore des moments principaux où chaque sujet - vous et moi - se constitue - d'où l'impression profonde que ressent le lecteur de la Bible, par-delà ses origines et ses convictions. Les deux temps de la maassé mercaba (la vision et la manducation) nous livreraient le secret de l'histoire de chacun, d'abord infans, soumis au langage certes mais non encore capable de parler, puis acquérant la parole. Manger le Livre devient le mécanisme qui confère à l'enfant sa langue." (Gérard Haddad, Manger le Livre, "Le discret et le continu", p. 95-96)

 

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