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Vingt fois j'ai voulu dire adieu à ma jeunesse. Vingt fois j'ai craint de me montrer ridicule. C'était trop tôt. La fois suivante, elle était partie. On ne saurait dire adieu trop vite à sa jeunesse. Elle s'en va sur la pointe des pieds. L'homme entre dans le soir de sa vie comme dans un pays étranger." (Alexandre Vialatte)

"No Surrender !"

Il faut accepter de vieillir - de s'effacer du monde, comme disaient les vieux Romains - et de disparaître  : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit" (Jean,  12, 20-33). Comme disait le vieux Lacan à ses auditeurs, jeunes pour la plupart : "Vous savez que vous allez mourir, mais vous n'en êtes pas sûrs !" Passé 60 ans, on en est sûr.

J'aime cette vidéo dans laquelle Bruce Springsteen chante avec un jeune fan australien, à Brisbane. L'important, c'est de transmettre. Nous sommes des passeurs et nous ignorons ce que nous semons. Et c'est bien ainsi et tout est grâce.

J'ai vieilli avec ceux qui m'ont aidé à  grandir : Bob Dylan, Simon  & Garfunkel, Leonard Cohen, John Lennon, Johnny Clegg, Bruce Springsteen... 

Ceux-là et quelques autres ont compté pour moi, au moins autant que Vladimir Jankélévitch, Marcel Conche, Gilles Deleuze ou Emmanuel Lévinas, à la désapprobation de collègues sourcilleux - hors de Descartes, point de salut ? - qui ne comprenaient pas ma passion pour le jazz, la pop musique, les romans policiers et la science-fiction.

Cette absence de préjugés, cette impossibilité d'établir des cloisonnements étanches - et, au risque de faire grincer les dents - des hiérarchies (mais là je suis moins sûr de moi et je n'irais pas jusqu'à mettre tout à fait sur le même plan, disons, Mozart et Mika) entre la philosophie, la littérature, la poésie, la musique, la chanson, le cinéma, la politique et la vie quotidienne sont peut-être dus au fait que j'ai passé une partie de mon enfance aux Etats-Unis qui n'est pas, il faut bien le dire, un pays "philosophique", mais où "l'entertainement" peut parfois toucher au sublime. 

On ne dira jamais assez ce que les musiques actuelles ont fait pour la cause de la justice et de la liberté, en Amérique du Nord avec le mouvement pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam,  en Afrique du Sud pour la lutte contre l'apartheid et pour la restauration de la démocratie dans les ex pays de l'Est, comme en témoignait Vaclav Havel. 

Cette cause, ce ne sont malheureusement pas toujours  les "intellectuels" qui l'ont défendue. Je pense à Jean-Paul Sartre ("les anticommunistes sont des chiens") et à quelques autres.

Je ne sais pas pendant combien de temps j'aurai la force de continuer à alimenter ce blog et je ne veux pas laisser passer l'occasion, avant le baisser de rideau (le dernier mot de toutes les comédies),  de rendre hommage à Bob Dylan, à John Lennon et à Bruce Spingsteen (selon moi, le plus authentique de tous), tandis que les vieux fantômes de la bêtise satisfaite, de la tyrannie, de la manipulation, du mépris du travail et du culte exclusif de l'argent resurgissent un peu partout. 

Non, je ne regrette pas d'avoir "fait" mai 68, même si je n'en approuvais pas tous les aspects (le maoïsme par exemple), de ne pas avoir "fait carrière", d'avoir cru, malgré les ricaneurs et les "malins",  en l'amour, en la justice, en la bonne foi, en l'innocence, en  la beauté, aux forces de l'esprit... et d'avoir tout fait pour ne pas devenir un "vieux con" (je ne suis pas sûr d'avoir parfaitement réussi, mais au moins j'aurai essayé).

Je ne regrette pas d'avoir obéi à  l'injonction du hassidisme, une injonction d'une insondable profondeur spirituelle sous son apparente simplicité : "Interdiction d'être vieux ! Défense de vieillir !"

 

 

 

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